Avec Neva: Prologue, Nomada Studio ne se contente pas d’ajouter quelques tableaux supplémentaires à son chef-d’œuvre : le studio propose un véritable retour aux origines, une plongée intime dans la naissance du lien entre Alba et le louveteau. Pensé comme un prolongement narratif de l’aventure principale, ce DLC à petit prix enrichit l’univers de Neva avec de nouveaux environnements, des défis inédits et une intensité émotionnelle intacte. Reste à savoir si ce prologue parvient à capturer la magie du jeu de base… et à la sublimer.
Un conte initiatique entre ombre et lumière
Sorti après l’acclamé Gris, Neva marque le retour inspiré de Nomada Studio avec une nouvelle fable poétique aussi bouleversante que somptueuse. On y suit Alba, jeune femme confrontée à un monde rongé par une étrange corruption, qui noue un lien puissant avec un petit renard aux bois de cerf dont elle devient peu à peu la figure maternelle. À travers quatre chapitres rythmés par les saisons, le jeu déploie une direction artistique dessinée à la main d’une beauté saisissante, sublimée par la bande originale magistrale de Berlinist. Derrière son gameplay volontairement épuré, Neva propose une aventure sensible, où chaque combat, chaque tableau et chaque note de musique participent à raconter une histoire d’attachement, de deuil et de résilience.
Neva: Prologue, aux origines d’un lien indéfectible
Après nous avoir bouleversé·es avec son récit initiatique, Neva enrichit aujourd’hui son univers avec Neva: Prologue, un DLC narratif qui éclaire les premiers instants du destin partagé d’Alba et de sa fidèle compagne. Disponible sur PC, PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch au prix de 2,99 €, cette extension propose un retour aux sources aussi poétique qu’intense.
Au commencement de Neva: Prologue, Alba s’enfonce dans des marais corrompus, guidée par une nuée de papillons blancs. C’est dans ce décor aussi sublime qu’hostile qu’elle découvre un louveteau apeuré, seul et perdu. Pour survivre, la jeune femme doit gagner sa confiance et l’accompagner à travers ces terres désolées, tout en affrontant les forces obscures qui les traquent. Une prémisse simple en apparence, mais qui résonne puissamment avec l’histoire principale, en donnant un nouvel éclairage à la relation qui se tissera entre les deux protagonistes.
Pensé pour être exploré après l’aventure principale, ce prologue s’adresse autant aux joueuses et joueurs en quête de narration supplémentaire qu’aux amateur·rices de défis. Trois nouveaux environnements font leur apparition, chacun introduisant ses propres mécaniques, des ennemis inédits et un combat de boss intense. Les plus complétionistes pourront également se mesurer à cinq défis cachés, conçus pour mettre à l’épreuve leur précision et leur maîtrise du gameplay. Une manière élégante de prolonger l’expérience tout en approfondissant l’émotion qui fait la force de l’œuvre originale.
Un gameplay fidèle, enrichi par une nouvelle dynamique
Si Neva misait sur un gameplay volontairement épuré pour laisser respirer son récit, Neva: Prologue s’inscrit dans cette continuité tout en apportant de subtiles évolutions. On retrouve la base qui faisait la force du jeu principal : une touche pour attaquer à l’épée, une autre pour interagir avec son compagnon, un saut, un dash… et c’est à peu près tout. Une simplicité assumée qui privilégie la lisibilité et la précision plutôt que la complexité artificielle.
Mais ici, la dynamique change légèrement. Là où l’aventure principale nous montrait progressivement l’évolution de Neva, d’un petit être vulnérable à une alliée féroce, le prologue joue davantage sur la fragilité et la méfiance du louveteau. Il ne s’agit plus seulement de combattre côte à côte, mais de gagner sa confiance, le protéger et l’encourager à avancer. Cette nuance influe sur le rythme : certaines séquences demandent plus de prudence, presque une approche protectrice, renforçant la dimension émotionnelle du gameplay.
Côté plateforme, la recette reste exigeante sans être punitive. Les nouveaux environnements introduisent leurs propres mécaniques, obligeant les joueuses et joueurs à adapter leur timing et leur lecture des décors. Les marais corrompus, par exemple, jouent sur la verticalité et les zones instables, accentuant la tension dans les phases de fuite ou d’exploration. Le dash demeure un outil central, aussi bien pour esquiver des attaques que pour franchir des précipices au dernier instant.
Les affrontements, eux, gagnent en intensité. Les nouveaux ennemis possèdent des patterns distincts qui demandent observation et précision, et le combat de boss du DLC s’inscrit dans la lignée de ceux du jeu de base : spectaculaire, rythmé, mais lisible. On reste loin d’un défi punitif à la hardcore platformer, mais l’exécution doit être propre, surtout pour celles et ceux qui s’attaqueront aux cinq défis cachés pensés pour les profils les plus complétionistes.
En somme, Neva: Prologue ne révolutionne pas la formule, et c’est précisément sa force. Il affine, nuance et intensifie un gameplay déjà solide, en le mettant au service de l’émotion et du lien naissant entre Alba et le louveteau. Une approche cohérente avec l’ADN du jeu : faire de la simplicité un vecteur de sens et de poésie.
Une fresque animée entre lumière et désolation
S’il y a bien un domaine où Neva – et par extension Neva: Prologue – tutoie l’excellence, c’est celui de sa direction artistique. Nomada Studio confirme ici tout le talent déjà entrevu sur Gris : chaque écran ressemble à une illustration vivante, peinte à la main, où la lumière et la couleur racontent autant que les personnages eux-mêmes.
Dès les premières minutes, le jeu frappe par son usage magistral des palettes chromatiques. Les teintes dorées et presque célestes des architectures baignées de lumière créent une sensation de sérénité fragile, comme un monde suspendu dans un instant éternel. À l’inverse, les marais corrompus et les séquences nocturnes plongent l’écran dans des bleus profonds, des noirs d’encre et des gris brumeux, où la pluie et les particules flottantes accentuent l’oppression. Ce contraste constant entre chaleur et froideur visuelle accompagne parfaitement la narration : l’espoir face à la corruption, la douceur face à la menace.
Les décors jouent aussi énormément sur la profondeur. Arbres monumentaux, arches gigantesques, silhouettes lointaines… Alba paraît souvent minuscule face à l’immensité du monde. Cette mise en scène renforce le sentiment de solitude et d’intimité qui traverse l’aventure. Même les créatures ennemies, massives et sombres, se détachent avec force dans ces environnements délicats, leurs formes simples mais expressives évoquant presque des figures de contes ou des ombres cauchemardesques.
L’animation, elle, est d’une fluidité remarquable. Les mouvements d’Alba sont gracieux, presque chorégraphiés. Sa cape flotte avec légèreté, ses gestes sont précis, et chaque interaction avec le louveteau est animée avec une tendresse palpable. Sans jamais tomber dans le réalisme pur, le jeu adopte un style stylisé et minimaliste qui laisse respirer l’émotion. Les particules lumineuses, les feuilles emportées par le vent ou la pluie battante ajoutent une couche sensorielle qui sublime chaque tableau.
Ce qui impressionne surtout, c’est la cohérence artistique. Rien n’est laissé au hasard : la lumière guide subtilement le regard, les couleurs traduisent l’état du monde, et les silhouettes racontent une histoire avant même que l’action ne commence. On ne traverse pas simplement des niveaux, on parcourt de véritables œuvres picturales en mouvement.
En somme, Neva ne se contente pas d’être beau : il utilise sa beauté comme un langage. Chaque plan est pensé comme une émotion visuelle, chaque environnement comme une page d’un livre illustré. Une véritable masterclass esthétique qui confirme Nomada Studio comme l’un des studios indépendants les plus talentueux en matière de direction artistique.
Une bande originale au service de l’émotion
S’il fallait désigner un autre pilier fondamental de Neva et de Neva: Prologue, ce serait sans hésitation sa bande originale signée Berlinist. Déjà à l’œuvre sur Gris, le groupe confirme ici son talent pour composer des partitions qui ne se contentent pas d’accompagner l’image : elles la prolongent, la subliment, parfois même la précèdent.
Dès les premières notes, la musique installe une atmosphère à la fois mélancolique et lumineuse. Les compositions reposent largement sur le piano et les instruments à cordes, avec une orchestration organique qui évoque la fragilité du monde que l’on traverse. Les nappes sonores s’étirent, respirent, laissent de l’espace au silence. Ce minimalisme maîtrisé permet à chaque thème de résonner profondément, presque intimement, chez la joueuse ou le joueur.
Dans Neva: Prologue, cette approche prend une dimension encore plus sensible. Puisqu’il s’agit des origines du lien entre Alba et le louveteau, la musique insiste davantage sur la naissance d’un attachement, sur cette confiance qui se construit pas à pas. Certains passages privilégient des motifs doux et répétitifs, presque berçants, tandis que d’autres montent en intensité lors des affrontements ou des séquences de fuite, où les percussions et les cordes se font plus nerveuses.
L’un des grands atouts de la BO réside dans sa capacité à épouser le rythme du gameplay. Lors des combats de boss, la partition devient plus ample, plus dramatique, sans jamais tomber dans la surenchère. À l’inverse, durant les phases d’exploration dans les marais brumeux ou sous la pluie battante, la musique se fait discrète, presque éthérée, laissant les bruitages – le vent, l’eau, les pas – renforcer l’immersion.
Ce qui marque surtout, c’est la cohérence entre musique et direction artistique. Les teintes dorées trouvent un écho dans des harmonies chaleureuses ; les environnements sombres sont accompagnés de tonalités plus graves, presque funèbres. La bande originale agit comme un fil invisible reliant chaque tableau, chaque émotion, chaque étape du voyage.
En définitive, la musique de Neva: Prologue ne cherche jamais à dominer l’expérience. Elle la soutient, la porte, l’élève. Elle transforme certains instants en souvenirs durables. Une partition vibrante, délicate et profondément humaine, qui confirme que Berlinist est indissociable de l’identité émotionnelle de l’œuvre.
Au final, Neva: Prologue est exactement ce que l’on pouvait espérer d’un contenu additionnel : une extension cohérente, sincère et profondément respectueuse de l’œuvre originale. Sans bouleverser la formule, le DLC approfondit la relation entre Alba et le louveteau avec une justesse remarquable, tout en proposant des défis supplémentaires pour celles et ceux qui souhaitent repousser leur maîtrise du gameplay. Porté par une direction artistique toujours aussi magistrale et une bande originale bouleversante signée Berlinist, ce prologue s’impose comme une pièce complémentaire essentielle pour les joueuses et joueurs tombé·es sous le charme de l’aventure principale. Court, mais intense. Simple, mais chargé de sens. Une extension qui confirme que chez Nomada Studio, chaque détail compte et que la poésie peut encore s’exprimer pleinement dans le jeu vidéo.
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