Test Jeu vidéo Test 15.10.2026

Test de The Alighieri Circle: Dante’s Bloodline, entre récit touchant et horreur absente

Il y a quelques mois, j’avais pu découvrir The Alighieri Circle: Dante’s Bloodline en preview, un jeu d’aventure et d’horreur psychologique qui s’annonçait prometteur. Le titre est finalement sorti le 10 septembre dernier, et nous avons reçu une clé pour parcourir la version finale de cette production de ONE-O-ONE GAMES, un studio basé en Italie. Le jeu mise avant tout sur un scénario solide, qui revisite le mythe de Dante, plutôt que sur une ambiance horrifique appuyée. Et la formule fonctionne : en peu de temps, The Alighieri Circle nous plonge dans un récit familial et dans une atmosphère légèrement oppressante.

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Une malédiction héritée de Dante

Dans The Alighieri Circle: Dante’s Bloodline, vous incarnez Gabriele, marié à Dalida, avec qui il a eu une fille. Mais cet homme cache un lourd secret : il descend de la lignée de Dante. Tous les 33 ans, l’héritier de la famille doit accomplir un rituel pour empêcher le monde de sombrer dans les ténèbres. Seulement voilà, aucune des personnes qui ont accompli ce rituel n’en est sortie indemne.

Nous sommes en 1993, et c’est à votre tour d’affronter la malédiction familiale. L’aventure commence dans le manoir de vos ancêtres, bâti au-dessus d’une crypte. C’est là que vous pouvez ouvrir un portail vers un autre monde pour récupérer les écrits de vos aïeux, indispensables à votre quête.

Dante Alighieri, aux sources du mythe

Né à Florence en 1265 et mort à Ravenne en 1321, Dante Alighieri est considéré comme l’un des pères de la langue italienne. Il doit sa renommée à La Divine Comédie, un long poème écrit en grande partie pendant son exil de Florence, au début du XIVe siècle. Il y raconte son voyage à travers les trois royaumes de l’au-delà : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Le poète latin Virgile le guide d’abord, puis c’est Béatrice, la femme qu’il aimait, qui prend le relais.

La partie la plus célèbre reste L’Enfer. Dante y décrit un gouffre divisé en neuf cercles, où chaque faute reçoit son châtiment. Plus on descend, plus les supplices sont terribles. Depuis plus de sept siècles, cette vision a nourri la peinture, la littérature, le cinéma et le jeu vidéo. Le titre du jeu y fait d’ailleurs directement référence avec son « Circle ». Le chiffre 33 n’est sans doute pas un hasard non plus : chacune des trois parties de la Divine Comédie compte 33 chants.

La Divine Comédie

Des personnages qui existent par la voix

On retrouve ici des personnages plutôt bien écrits. Gabriele est un homme pour qui la famille compte énormément, et dont le passé a été douloureusement marqué par la malédiction qui pèse sur les siens. Les objets dispersés dans le monde parallèle nous en apprennent davantage sur sa vie. On découvre ainsi le souvenir de son voyage de noces aux Seychelles, qui raconte l’amour qu’il porte à sa femme, ou encore un jouet appartenant à sa fille, pour qui il donnerait tout. C’est un personnage touchant, qui puise son courage dans celui de sa bien-aimée, Dalida.

Nous n’entendons cette dernière qu’au téléphone du manoir. Elle sait ce que son mari est parti faire et lui apporte un soutien inconditionnel. Le jeu des comédien·nes de doublage italien·nes est remarquable : la peur, l’amour et le doute transparaissent dans chaque échange entre les deux époux.

Dans le monde parallèle, vous êtes aussi accompagné par l’un de vos ancêtres. Là encore, il ne s’agit que d’une voix, mais celle-ci est moins douce et plus inquiétante. Cette présence rauque semble tout droit sortie des Enfers, au point qu’on se demande parfois si cet inconnu est vraiment là pour vous aider.

C’est la grande force du titre : son histoire et ses personnages. Sans même les voir, on ressent énormément d’émotions grâce à leurs interprètes.

Une VO italienne, des sous-titres en français

À noter : le jeu est disponible uniquement dans sa langue d’origine, l’italien. [Doublages anglais et japonais : à préciser, voir plus bas.] Le jeu complet a en revanche été traduit dans plusieurs langues, dont le français, ce qui n’était pas le cas de la preview.

Une direction artistique qui marque les esprits

Sur le plan visuel, The Alighieri Circle joue sur deux registres bien distincts. Le manoir des Alighieri mise sur le réalisme et le clair-obscur. Les boiseries sombres, le sol en damier, les fauteuils en cuir et les tableaux anciens ne sont éclairés que par quelques appliques et des bougies. Les pièces restent souvent plongées dans la pénombre, ce qui entretient un malaise discret sans jamais tomber dans l’excès. Le soin apporté aux détails se remarque aussi dans les objets à manipuler, comme ce coffre orné d’un cadran et d’un damier, qui cache évidemment une énigme.

Le monde parallèle change complètement de ton. Les décors y sont presque monochromes, faits de pierre blanche et grise, sous des ciels rouge sang, ocre ou vert sombre selon les zones. Les ruines d’une architecture classique se mêlent à des arbres pétrifiés dans lesquels des corps humains semblent pris au piège. Une tête colossale à l’œil incandescent émerge d’un lac écarlate, et un amphithéâtre est peuplé de dizaines de statues. Ces visions évoquent les gravures de l’Enfer de Dante autant que la sculpture italienne. C’est sans doute là que le jeu est le plus impressionnant : chaque nouvelle zone donne envie de s’arrêter pour l’observer.

La mise en scène va dans le même sens. Les bandes noires utilisées pendant les dialogues donnent aux séquences narratives un cachet presque cinématographique, ce qui renforce l’impression de suivre un récit plus qu’une simple succession d’épreuves.

Un walking simulator aux énigmes trop sages

En parlant d’épreuves, justement : l’histoire se découpe en trois chapitres, au cours desquels vous devez retrouver trois écrits de vos ancêtres en accomplissant trois épreuves. Le jeu reprend les codes du walking simulator. On passe l’essentiel de son temps à marcher et à explorer les environnements, à la recherche des quelques objets à collectionner cachés ici et là.

Le reste de l’aventure repose sur des énigmes fondées sur la réflexion visuelle : l’observation est la clé de leur résolution. Dès le manoir, un coffre de la bibliothèque, orné d’un cadran en chiffres romains et d’un damier, donne le ton. Dans le monde parallèle, le jeu s’appuie directement sur l’univers de Dante. Une tablette de pierre gravée d’un poème latin énumère les sept péchés capitaux : Luxuria, Gula, Avaritia, Ira, Acedia, Invidia et Superbia. Sa traduction française en vers sert d’indice pour franchir une immense porte circulaire, ornée de médaillons à motifs d’animaux, que des panneaux gravés des vertus opposées (Diligentia, Temperantia…) viennent encadrer. Dans ces moments-là, le lien entre mise en scène et gameplay fonctionne vraiment bien.

On regrette toutefois que les énigmes soient, pour la plupart, assez faciles à résoudre. À part la dernière épreuve, dont la logique m’a un peu échappé, je n’ai pas eu beaucoup à me creuser les méninges. C’est dommage, car l’univers et le symbolisme mis en place se prêtaient à des casse-têtes bien plus ambitieux.

Une ambiance soignée, mais une peur aux abonnés absents

Côté ambiance, le travail sur le son nous plonge directement dans le jeu. Le parquet qui grince, la pluie qui frappe les carreaux, les boiseries qui craquent : le manoir dégage une atmosphère vraiment oppressante. Pourtant, il ne s’y passe rien. On le comprend assez vite, et à aucun moment on ne se sent en danger, ce qui est regrettable.

Dans le monde parallèle, la musique rend l’ambiance plus inquiétante encore. Les cordes stridentes d’un violon mettent mal à l’aise, tandis que les notes graves d’un piano résonnent comme un écho lointain dans ces décors. Mais une nouvelle fois, si l’atmosphère est bien là, le jeu ne fait pas peur. C’est d’autant plus dommage qu’il se présente comme un jeu d’horreur psychologique. On aurait aimé quelques visions cauchemardesques ou des moments de chaos, et sentir que Gabriele perd pied autrement qu’à travers sa voix. On ne sursaute presque jamais : on compte à peine trois jumpscares sur l’ensemble de l’aventure, ce qui est bien trop peu pour un titre qui se revendique de l’horreur. The Alighieri Circle relève donc davantage du jeu d’aventure ou du walking simulator sombre que du véritable jeu d’horreur.

Notre avis sur The Alighieri Circle: Dante’s Bloodline

The Alighieri Circle: Dante’s Bloodline n’est pas le jeu d’horreur qu’il prétend être, mais il a d’autres atouts. ONE-O-ONE GAMES signe une aventure portée par un récit familial touchant, des comédien·nes de doublage italien·nes remarquables et une direction artistique qui rend un bel hommage à l’univers de Dante. Le monde parallèle, entre pierre blanche, ciels rouge sang et statues tourmentées, fait partie de ce que le jeu fait de mieux.

Le titre souffre en revanche de ses ambitions horrifiques. L’ambiance sonore installe une vraie tension, mais elle ne débouche presque jamais sur la peur, et les énigmes, trop faciles, ne tirent pas tout le parti de leur riche symbolisme. Les joueuses et joueurs qui s’attendent à frissonner risquent donc de rester sur leur faim.

À celles et ceux qui aiment les walking simulators narratifs et les récits inspirés de la littérature, The Alighieri Circle offre une plongée sombre et soignée dans l’héritage d’un poète. Il reste à espérer que le studio ose aller plus loin dans l’horreur s’il revient un jour aux Enfers.

7 / 10

Notre verdict

On a aimé

  • Un récit familial touchant
  • Des comédien·nes de doublage italien·nes excellent·es
  • Une direction artistique marquante dans le monde parallèle
  • Une ambiance sonore immersive
  • Un bel hommage à la Divine Comédie

On a moins aimé

  • Une horreur quasi absente, avec à peine trois jumpscares
  • Des énigmes globalement trop faciles
  • Une dernière épreuve peu claire
  • Aucun doublage français

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