Sorti le 21 mai 2026 sur PlayStation 5, Xbox Series X|S et PC, Luna Abyss marque les débuts du studio britannique Bonsai Collective, devenu depuis Kwalee Labs au cours du développement. Édité par Kwalee, le titre se présente comme un mélange audacieux de FPS, de bullet hell et de plateforme à la première personne, le tout porté par un univers de science-fiction mystique particulièrement intrigant. Après plusieurs années de développement et de nombreuses présentations mettant en avant son identité visuelle singulière, le jeu avait la lourde tâche de transformer ses promesses en une expérience capable de se démarquer dans un genre déjà très concurrentiel. 

Entre prison, foi et technologie oubliée

L’histoire de Luna Abyss repose avant tout sur le mystère et la découverte. Dans la peau de Fawkes, matricule 5437, une prisonnière arrachée à la Terre dans des circonstances encore floues, la joueuse ou le joueur est envoyé sur la « Lune Rouge » par la F.A.T.E. (Federation of the Advancement of Technology on Earth). Sa mission consiste à explorer l’Abysse, une gigantesque mégastructure enfouie sous la surface de la lune artificielle Luna, afin de retrouver une technologie oubliée et de percer le destin tragique de la colonie disparue de Greymont. Au fil de l’aventure, les ruines centenaires dévoilent progressivement les vestiges d’une civilisation marquée par le Fléau, les enseignements du mystérieux Père tout-puissant et les croyances du Collectif. Cette quête est constamment accompagnée par Aylin, une imposante intelligence artificielle prenant la forme d’une tête flottante, dont les interventions rappellent parfois GLaDOS par son omniprésence, bien que son ton soit nettement plus énigmatique. Si quelques séquences de dialogue façon visual novel permettent de sélectionner certaines réponses, ces choix n’ont qu’un impact très limité sur le déroulement du récit. Heureusement, la richesse du lore et les nombreuses zones d’ombre entourant le passé de Fawkes, sa condamnation et la véritable nature de l’Abysse suffisent à maintenir l’intérêt jusqu’au dénouement.

Un ballet de tirs et de parkour sous haute tension

Luna Abyss ne vous laisse aucun répit. Les ennemis envoient des projectiles dans absolument tous les sens, aussi bien à la verticale qu’à l’horizontale, et c’est précisément ce qui fait tout le sel de ce FPS mêlant action et plateforme. Le gameplay se révèle nerveux, rapide et particulièrement exigeant, surtout dans les niveaux de difficulté les plus élevés.

Pour survivre, Fawkes dispose d’une panoplie de mouvements particulièrement agile. Elle peut effectuer des doubles sauts, des glissades et des dashs pour éviter les attaques. Au fil de l’aventure, de nouvelles compétences viennent enrichir ses possibilités de déplacement : utilisation d’un grappin, apparition de plateformes temporaires et autres outils de parkour qui rendent l’exploration comme les affrontements toujours plus dynamiques.

Côté arsenal, plusieurs armes se débloquent à mesure que l’histoire progresse. On retrouve notamment un fusil d’assaut, un fusil à pompe capable de briser les boucliers d’énergie, un fusil de précision destiné aux protections les plus résistantes, ainsi qu’un lance-roquettes. Chaque arme repose sur un système de surchauffe qui oblige à gérer ses tirs avec attention. Si le fusil d’assaut permet de maintenir le feu pendant plusieurs secondes, les autres armes sont beaucoup plus limitées : le fusil à pompe ne peut tirer que trois cartouches avant de devoir refroidir, tandis que le fusil de précision se limite à deux tirs. Cette mécanique pousse à alterner constamment entre les différentes armes et à faire preuve de précision.

C’est toutefois après plusieurs heures de jeu que Luna Abyss révèle pleinement son potentiel. Une fois plusieurs capacités de déplacement et armes débloquées, les affrontements prennent des allures de véritable ballet aérien et terrestre, où l’on enchaîne sauts, dashs, tirs et esquives dans un flux presque ininterrompu.

À cela s’ajoutent plusieurs pouvoirs aux accents plus mystiques. Lorsqu’un ennemi est étourdi, il est possible de l’utiliser pour récupérer de la santé ou de le faire exploser afin de projeter des projectiles sur les adversaires environnants. Une autre compétence permet de déployer une barrière protectrice, idéale pour encaisser quelques dégâts ou s’offrir un bref moment de répit au cœur du chaos. Des capacités qui enrichissent les combats sans les dénaturer et participent à l’identité singulière du titre.

Un univers fascinant porté par un chara design marquant

Au-delà de son gameplay nerveux, Luna Abyss séduit également par la richesse de son univers et l’originalité de son chara design. Tout au long de l’aventure, les nombreux documents à récupérer permettent de découvrir les figures qui ont façonné l’histoire de l’Abysse et de la Lune Rouge. Une narration environnementale qui rappelle parfois les grands jeux de science-fiction où chaque archive apporte une pièce supplémentaire à un puzzle bien plus vaste.

Visuellement, les personnages se distinguent par un mélange particulièrement réussi entre mysticisme religieux, esthétique cyberpunk et horreur cosmique. L’Indigent, silhouette fantomatique coiffée de cristaux rouge sang, évoque une sorte de prophète errant hantant les profondeurs de l’Abysse. À l’inverse, Urien Caldecott adopte une apparence plus abstraite et presque animale, renforçant l’impression que les habitants de cet univers ont été transformés, physiquement comme spirituellement, par leur environnement.

D’autres figures marquent par leur étrangeté. Ellie, avec son visage sphérique décoré de fleurs et ses yeux écarlates, incarne parfaitement le contraste constant entre innocence apparente et malaise latent qui traverse l’aventure. Min et Francis, quant à eux, affichent une esthétique plus humaine, mais leurs regards rouges et leurs corps presque sculpturaux leur confèrent une dimension symbolique, comme s’ils étaient devenus des icônes ou des saints d’une religion oubliée.

Cette approche visuelle s’accompagne d’un lore étonnamment dense. Les archives évoquent des thèmes de foi, de sacrifice, de deuil et de rédemption, tandis que les personnages semblent tous porter les cicatrices d’un monde brisé. Les textes consacrés à Min ou Francis laissent entrevoir l’existence d’une communauté cherchant à survivre dans un environnement hostile, tandis que les références au Père du peuple, au Collectif ou encore au Fléau renforcent l’impression d’évoluer dans une société façonnée par le contrôle idéologique et la catastrophe.

Impossible enfin de ne pas évoquer Aylin, figure centrale de l’aventure. Derrière son apparence de gardienne artificielle bienveillante se cache une présence bien plus inquiétante. Les archives révèlent qu’elle est directement reliée à une conscience centrale et programmée pour faire appliquer la parole du Père du peuple. Une révélation qui renforce encore davantage les parallèles entre technologie, religion et autoritarisme qui constituent l’un des fils rouges du récit.

Même si Luna Abyss ne livre pas toujours toutes les réponses à ses mystères, son univers se montre suffisamment intrigant pour donner envie de fouiller chaque recoin à la recherche d’un nouveau document. Un travail de worldbuilding remarquable qui participe largement à l’identité du jeu et à son atmosphère si particulière.

Un univers visuellement fascinant

Visuellement, Luna Abyss affiche une direction artistique particulièrement inspirée, mais une réalisation technique plus inégale. Dès les premières heures, le jeu impressionne par ses environnements gigantesques, ses architectures gothiques noyées dans la brume et son utilisation marquée des contrastes entre les teintes rouges, noires et bleutées. Certaines zones, notamment les vestiges de Greymont, évoquent une cité victorienne engloutie sous une mégastructure industrielle, tandis que d’autres secteurs misent davantage sur une esthétique science-fiction froide et oppressante. Le travail sur l’ambiance, les éclairages volumétriques et les décors contribue largement à créer une identité visuelle forte.

En revanche, lorsque l’on s’attarde sur les détails, les limites techniques apparaissent davantage. Les textures se montrent parfois inégales, certains éléments du décor manquent de finesse et quelques environnements peuvent sembler relativement vides malgré leur taille impressionnante. Les modèles de personnages et de créatures bénéficient d’un excellent chara design, mais leur niveau de détail n’est pas toujours homogène. On note également quelques animations rigides et une certaine simplicité dans certains objets interactifs. Malgré cela, la cohérence artistique de l’ensemble permet souvent de faire oublier ces imperfections.

Au final, Luna Abyss n’est pas une démonstration technologique destinée à rivaliser avec les plus grosses productions du marché. Sa véritable force réside davantage dans son atmosphère, son sens de la composition et son univers visuel singulier. Même lorsque la technique montre ses limites, la direction artistique parvient régulièrement à offrir des panoramas mémorables et une ambiance qui marque durablement l’esprit.

Un bestiaire entre horreur cosmique et fanatisme religieux

Le bestiaire de Luna Abyss participe lui aussi à la forte identité visuelle du jeu. Loin de se contenter de simples monstres interchangeables, les créatures rencontrées dans l’Abysse semblent toutes raconter une partie de l’histoire de ce monde déchu. Les archives à débloquer révèlent progressivement leurs origines et renforcent l’impression d’évoluer dans un univers où la foi, la mutation et la corruption se sont entremêlées jusqu’à devenir indissociables.

Les Affamés, premières créatures croisées dans l’aventure, illustrent parfaitement cette approche. Leurs corps déformés et leurs visages décharnés évoquent des êtres consumés de l’intérieur par une force inconnue. Les textes parlent de transformations douloureuses, de regards qui disparaissent et de chairs altérées par l’influence de l’Abysse. Plus qu’une simple menace, ils apparaissent comme les victimes d’un processus de corruption qui dépasse l’entendement.

À l’opposé, les Ossanglants, les Yeux du Gardien ou encore l’Œil de la Vertu adoptent une silhouette presque abstraite. Ces entités flottantes, dominées par un immense œil lumineux, donnent l’impression d’observer constamment le joueur. Leur design renforce l’un des thèmes centraux de Luna Abyss : la surveillance permanente. Entre symbolisme religieux et technologie incompréhensible, ces créatures rappellent autant des anges déformés que des drones organiques issus d’une civilisation oubliée.

Les ennemis les plus marquants restent toutefois les figures hiérarchiques comme le Prêtre du Déclin ou le Tyran Déchu. Leurs silhouettes longilignes, leurs membres démesurés et leurs masques osseux évoquent immédiatement une forme de noblesse corrompue. Les archives suggèrent d’ailleurs qu’ils furent autrefois des êtres respectés, voire vénérés, avant d’être transformés par leur proximité avec l’Abysse. Cette idée d’une élite devenue monstrueuse renforce encore davantage les thématiques religieuses et sociales qui traversent l’univers du jeu.

Ce qui impressionne surtout, c’est la cohérence artistique de l’ensemble. Chaque créature semble issue d’une même mythologie, comme si toutes appartenaient à une religion oubliée dont il ne resterait que des saints défigurés et des fidèles transformés en monstres. Le rouge omniprésent, les os apparents, les yeux gigantesques et les formes organiques participent à créer une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

Difficile également de ne pas voir certaines influences derrière ces créations. Le travail des artistes semble puiser dans l’horreur biomécanique de Scorn, les architectures démesurées et les créatures de Blame! de Tsutomu Nihei, mais aussi dans l’imagerie religieuse de Dark Souls ou Bloodborne, où les figures de pouvoir finissent par prendre des apparences monstrueuses. Les créatures oculaires rappellent quant à elles certains ennemis de Destiny, tandis que les silhouettes élancées et les mutations osseuses évoquent parfois les designs de Warframe. On retrouve également une légère influence lovecraftienne dans cette idée d’une force incompréhensible qui altère aussi bien les corps que les esprits.

Résultat, chaque nouvelle rencontre nourrit autant la curiosité que l’inquiétude. Même lorsque l’on comprend leur rôle dans le gameplay, ces créatures conservent une part de mystère qui pousse à consulter les archives pour en apprendre davantage. Un travail remarquable qui fait du bestiaire de Luna Abyss bien plus qu’une simple galerie d’ennemis à éliminer.

Une bande-son entre recueillement et vertige cosmique

La bande originale de Luna Abyss constitue sans doute l’un des piliers de son identité. Composée par David Housden, connu notamment pour son travail sur Thomas Was Alone, Q.U.B.E. 2 ou encore Lost Words: Beyond the Page, elle accompagne parfaitement la dimension à la fois mystique, mélancolique et inquiétante de l’aventure. Dès les premières minutes, les compositions installent une atmosphère pesante où se mêlent nappes ambient, orchestrations discrètes et sonorités électroniques, donnant l’impression de pénétrer dans un lieu ancien dont les secrets auraient dû rester enfouis.

Ce qui frappe particulièrement, c’est l’importance accordée à la dimension chorale. Pour l’enregistrement de la bande-son, Housden a collaboré avec le prestigieux chœur London Voices, mobilisant pas moins de 45 choristes lors des sessions réalisées aux célèbres AIR Studios de Londres. Cette présence vocale apporte une dimension presque sacrée à certaines compositions et renforce les thématiques religieuses qui traversent l’univers du jeu.

À l’image du récit, la musique oscille constamment entre spiritualité et désolation. Des morceaux comme Ghost of the Abyss, Aylin’s Lament, The Lost Colony ou encore False God traduisent parfaitement cette sensation d’explorer les vestiges d’une civilisation disparue, coincée entre foi aveugle, catastrophe et technologie incompréhensible. Les compositions savent se faire discrètes durant l’exploration avant de gagner en ampleur lors des moments les plus marquants, sans jamais tomber dans la surenchère.

Le résultat est une bande-son qui ne cherche pas à accompagner uniquement l’action, mais qui participe activement à la construction de l’univers. Comme le reste de Luna Abyss, elle évoque autant la science-fiction que la liturgie, donnant parfois l’impression d’assister à une messe célébrée au cœur d’un monde mourant. Une partition subtile, mais particulièrement efficace, qui contribue largement à l’atmosphère unique du titre.

Avec Luna Abyss, Kwalee Labs signe une première production particulièrement ambitieuse. Si tout n’est pas parfait, notamment du côté de la narration interactive ou de certains aspects techniques, le titre compense largement par son gameplay nerveux, son excellente mobilité, sa direction artistique marquante et son univers fascinant. Entre ses combats frénétiques, son bestiaire inspiré et son lore dense qui se découvre au fil des archives, l’aventure parvient à construire une identité qui lui est propre. Le jeu demande cependant un certain investissement avant de révéler tout son potentiel. Les premières heures peuvent sembler plus limitées, mais une fois les capacités et l’arsenal débloqués, les affrontements prennent une dimension spectaculaire et offrent quelques séquences particulièrement grisantes. Ajoutez à cela une bande-son remarquable signée David Housden et vous obtenez une œuvre qui, malgré ses imperfections, mérite clairement l’attention des amateurs de FPS exigeants et d’univers de science-fiction atypiques.

Retrouvez notre test en vidéo

Points forts
Direction artistique remarquable

Univers riche et lore captivant

Gameplay nerveux et très satisfaisant

Excellente mobilité et parkour en FPS

Bestiaire original et cohérent

Bande-son immersive signée David Housden
Note de la rédac
7
Note de la communauté
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Points faibles
Choix de dialogues anecdotiques
Quelques limites techniques visibles

Certains décors parfois vides

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