La sortie d’un nouvel opus de Sid Meier’s Civilization est toujours un événement. Près de neuf années après la sortie du sixième épisode, le 4X star de Firaxis Games revient avec une septième version. Alors que des concurrents féroces tels que Humankind ont envahi le marché, Civilization VII a-t-il les armes pour être le 4X dominateur ?
Des bases classiques, quelques nouveautés bienvenues
Le 4X est l’un des genres de jeux les plus anciens. Tournant autour de la stratégie basée sur quatre piliers : eXploration, eXpansion, eXploitation et eXtermination, le 4X connaît le succès depuis plus de trente ans. Le joueur commence généralement avec une petite civilisation ou faction et doit explorer son environnement, s’étendre en fondant de nouvelles colonies, exploiter les ressources disponibles pour prospérer et, si nécessaire, éliminer ses adversaires par la diplomatie ou la guerre.
Ce type de jeu met l’accent sur la gestion à long terme, la prise de décision stratégique et la montée en puissance progressive d’un empire face à une opposition dynamique. Après plusieurs années de mises à jour et de DLC, Civilization VI était devenu un indispensable du genre. Sa suite, sortie le 11 février 2025, a modifié de nombreux points.
L’une des innovations majeures de Civilization VII est l’introduction d’un système d’âges distincts, segmentant le jeu en trois périodes historiques : l’Antiquité, l’Exploration et le Moderne. Chaque âge propose des objectifs spécifiques que les joueurs doivent atteindre pour obtenir des bonus, non seulement pour l’âge en cours, mais aussi pour le suivant. Cette structure impose un rythme plus défini au jeu, avec des jalons clairs à atteindre.
À la fin de chaque âge, une crise survient, obligeant les joueurs à prendre des décisions cruciales qui influenceront l’évolution de leur civilisation dans l’âge suivant. Cette mécanique reflète une vision plus épisodique de l’histoire, où chaque période est marquée par des défis significatifs menant à des transformations sociétales. Chaque âge se rapproche d’une partie à part entière avec le choix d’une nouvelle civilisation et le renouveau de certaines ressources.

Contrairement aux opus précédents où chaque civilisation était indissociablement liée à un leader spécifique, Civilization VII dissocie désormais les dirigeants des civilisations. Les joueurs peuvent choisir indépendamment un leader et une civilisation, offrant une flexibilité stratégique accrue et permettant des combinaisons inédites. Par exemple, il est possible d’associer un leader historique à une civilisation différente de celle qu’il a réellement dirigée, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de jeu.

La gestion des villes a également totalement été revue et nécessite désormais une planification urbaine plus stratégique. Les joueurs doivent en effet tenir compte de facteurs tels que l’adjacence des districts, l’accès aux ressources naturelles et la satisfaction des besoins de la population. Exit les bâtisseurs, chaque nouvel habitant d’une ville permettra de contrôler une nouvelle case et ses ressources associées.
Dans Civilization VII, la gestion des colonies a été repensée pour offrir une expérience stratégique plus riche. Désormais, les joueurs distinguent deux types d’établissements : les communes et les villes. Chaque nouvelle colonie créée sera une commune et pourra être transformée en ville par la suite. Les différences entre ces colonies sont nombreuses :
- Commune : Fondée par une unité de colonisation, la commune sert de centre de soutien économique. Elle ne possède pas de fil de production propre et convertit automatiquement sa production en or. Lorsqu’une commune atteint un certain seuil de population, elle peut se spécialiser de manière permanente dans un domaine spécifique, tel que l’agriculture, l’exploitation minière ou le commerce, offrant ainsi des bonus adaptés à sa spécialisation.
- Ville : Pour transformer une commune en ville, il est nécessaire de dépenser une certaine quantité d’or. Les villes deviennent alors des centres de production majeurs, capables de construire des bâtiments, des unités et des merveilles. Elles jouent un rôle crucial dans l’expansion et la domination de votre empire.
Au niveau des combats, une nouvelle dimension stratégique est apportée par l’introduction des commandants militaires. Ces figures peuvent réunir plusieurs unités et offrent des bonus spécifiques à ces dernières. Leur gestion efficace est essentielle pour dominer militairement et défendre son empire contre les menaces extérieures. Ce sont désormais les seules unités qui peuvent gagner de l’expérience et ainsi débloquer des pouvoirs très puissants.
Civilization VII met, de plus, en avant une nouvelle ressource indispensable à la diplomatie : l’influence. Cumulable grâce à certaines ressources et bâtiments, l’influence permet de gérer la diplomatie avec ses voisins, mais également les cités-états. Particulièrement importante pour avancer, l’influence est une donnée indispensable dans Civilization VII.
Enfin, les développeurs de Firaxis Games ont travaillé sur les objectifs à atteindre afin de gagner une partie. Si plusieurs victoires sont toujours possibles (militaire, scientifique, culturelle ou économique), ces objectifs sont bien plus clairs et indépendants suivant l’âge. Dans chaque âge, les objectifs sont clairs et permettent de plus facilement arriver à ses fins. Les fins de partie sont alors beaucoup plus courtes que dans l’opus précédent et permettent des derniers tours moins rébarbatifs.

Trop de spécification tue l’implication ?
Après de nombreuses heures de jeu, plusieurs parties avec les différents buts que propose le jeu, un défaut principal m’a sauté aux yeux. Les objectifs liés à chaque âge sont si précis qu’on peut très aisément les accomplir machinalement et ainsi perdre une grande partie de l’identification au dirigeant et son évolution historique. Le jeu est finalement rapidement devenu, pour moi, une suite d’objectifs à accomplir en perdant le côté historique que j’aimais beaucoup dans ce style de jeu.
Par ailleurs, si le jeu est très précis sur ces objectifs et propose un tutoriel très pratique pour les premiers tours, Civilization VII manque souvent de précision. Malgré son Civilopedia (encyclopédie du jeu), j’ai souvent dû faire mes propres recherches afin de comprendre les détails de certaines fonctionnalités du jeu. Le tout est particulièrement peu aidé par une UI (interface utilisateur) tout simplement mauvaise, ou du moins très peu adapté à la version PC du jeu.

Civilization VII est sorti sur PC et consoles comme son opus précédent. Firaxis Games semble avoir mis l’accent sur les versions console au niveau de l’UI. De nombreuses informations sont accessibles de manière très peu pratique. Alors qu’une infobulle aurait suffi, il faut souvent plusieurs clics pour avoir une information. Pire encore, certaines décisions doivent être prises sans pouvoir analyser la carte ou d’autres informations indispensables. Sur le sujet, Civilization VII semble être revenu en arrière… Pour le moment, du moins…
En effet, avant même la sortie du jeu, Firaxis Games a annoncé un planning de sortie pour des DLC. Sur toute l’année 2025, de nombreux ajouts payants seront proposés afin de découvrir de nouvelles civilisations et autres fonctionnalités. Si les développeurs nous avaient habitué à une telle politique (le vrai Civilization VI avait mis des années à être disponible), elle n’en reste pas moins discutable, voire honteuse. Vendu entre 70 et 130 euros, le jeu met en avant une politique que nous redoutions et qui justifie en grande partie le review bombing qu’il a subi sur Steam.
Des qualités indéniables
Malgré ces défauts indiscutables, Civilization VII a des qualités certaines. Sur la forme, le jeu de Firaxis Games fait quasi sans fautes. Si je n’ai pu tester le jeu sur console, son optimisation sur PC est impeccable. Même en fin de partie, le jeu tourne bien et les temps de chargement sont très courts. Le jeu propose, en, outre, une direction artistique totalement revue et très agréable. Les villes créées sont pleines de détails et il est toujours agréable de s’y promener. La bande-son, proposant des thèmes adaptés à votre civilisation et à la situation, est également parfaite.

Le fait de proposer plusieurs âges est également un point très positif. Cette fonctionnalité permet aux parties de se renouveler et d’éviter un snowball trop important. Cela permet, en outre, de donner beaucoup plus de flexibilité au joueur. On peut très bien remplir les objectifs culturels lors du premier âge pour totalement changer de stratégie par la suite pour, par exemple, devenir une civilisation militaire. Adapter sa stratégie à ses adversaires et à la situation est d’autant plus aisé dans Civilization VII.
L’ajout des commandants pour les combats est, au même titre, une très bonne idée. Permettant de rapidement déplacer des unités et permettant aux troupes de disposer de bonus non-négligeables, cette fonctionnalité modifie totalement la vision des combats dans le jeu et rend ces derniers beaucoup plus stratégiques.
Reprenant les bases qui ont fait le succès de sa série depuis 1991 en y ajoutant des fonctionnalités piochées chez les concurrents, Civilization VII est un bon 4X. Si certains choix au niveau de l’UI sont très discutables et que la politique de Firaxis Games est détestable, le nouvel opus reste un jeu qui plaira aux fans les plus riches et patients. En effet, comme pour son épisode précédent, il faudra attendre de nombreuses mises à jour (souvent payantes) pour découvrir ton son potentiel et que Civilization VII devienne un excellent 4X.


