« On m’écoute plus dans le jeu qu’en vrai » : Twelfth Knight, une romance entre avatars et vérité

8

Le 2 juillet dernier, la maison d’édition Bragelonne et son label BigBang ont publié Twelfth Knight, un roman Young Adult signé Alexene Farol Follmuth. Centrée sur une romance de lycée, cette histoire marque les premiers pas de l’autrice dans ce genre. Si je n’ai pas été immédiatement convaincu, vous verrez au fil de cet article que j’ai rapidement été conquis·e. Ce petit roman, véritable ode au féminisme et à la culture geek, nous offre des personnages parfois un peu clichés, mais toujours touchants. Plongeons ensemble dans cet univers qui mérite qu’on s’y attarde.

Deux voix pour une histoire : immersion au cœur de Twelfth Knight

Alliés en ligne.

Ennemis en vrai.

Que la partie commence !

Viola est dégoûtée.

La campagne de jeu de rôle qu’elle a passé l’été à écrire a été rejetée, sa meilleure amie lui suggère d’être plus « aimable », et la star de l’équipe de football, Jack Orsino, s’est fait élire président du Comité de la Vie Lycéenne alors qu’il est nul. Pour oublier tout ça, Viola s’évade dans l’univers d’un jeu vidéo, Twelfth Knight, où elle s’invente un avatar masculin afin d’être prise au sérieux.

Mais quand une vilaine blessure le met sur la touche, Jack se met lui aussi à jouer à Twelfth Knight, et leurs deux mondes entrent en collision. Leurs longues soirées de batailles virtuelles initient des conversations profondes sur la vie et l’amour, jusqu’à ce que naisse entre eux une franche amitié. Mais Vi n’a toujours pas révélé sa véritable identité, alors que Jack commence à s’attacher à elle dans la réalité…

Nous allons donc suivre l’histoire de ce roman à travers les points de vue de Viola et Jack. L’autrice nous raconte l’histoire à la première personne, en alternant les chapitres : une partie pour Viola, l’autre pour Jack. On suit ainsi leur quotidien avec une proximité qui fonctionne très bien. La lecture est fluide et immersive, et l’on a presque l’impression d’écouter notre meilleur·e ami·e nous raconter sa journée, ses galères et ses histoires de cœur autour d’un verre.

Un duo attachant au cœur d’une romance geek

Je l’ai évoqué un peu plus tôt dans le chapô : j’ai trouvé les personnages très clichés au premier abord (ils le reconnaissent eux-mêmes, d’ailleurs). Cela m’a légèrement rebuté au début, car j’avais peur de tomber dans une histoire trop « à l’eau de rose ». Et, soyons honnêtes, c’est un peu le cas. Mais plus on avance dans le roman, plus on découvre Viola et Jack, et plus on se laisse happer par leur histoire.

Viola est clairement l’un des personnages dans lesquels je me suis le plus retrouvé·e parmi toutes mes lectures — et j’en ai beaucoup lu. J’ai vraiment adoré cette jeune femme. Bon, déjà, elle est geek, donc elle gagne immédiatement des points ! C’est une adolescente courageuse, qui n’a pas peur de dire ce qu’elle pense. Elle envoie punchline sur punchline, ce qui la rend peu appréciée des autres élèves et l’empêche souvent de s’ouvrir. C’est aussi une féministe affirmée, qui n’hésite pas à se dresser face à la pression masculine pour défendre ses idéaux.

Mais Viola est aussi une jeune femme perdue, dont la parole est sans cesse remise en question par les hommes qui l’entourent. Pour échapper à cette réalité, elle se plonge dans l’univers de Twelfth Knight, un MMORPG façon World of Warcraft. Elle y incarne Cesario, un avatar masculin, afin d’être prise au sérieux. Elle dissimule son genre, car dans le jeu, les hommes lui expliquent ce qu’elle doit faire, la rabaissent à un objet sexuel ou l’insultent. Ce choix narratif permet de dénoncer subtilement (mais efficacement) le sexisme quotidien que vivent les femmes et jeunes femmes dans les jeux en ligne. C’est un excellent point du roman, qui reflète tristement bien la réalité. Toute personne ayant joué en ligne ou observé des streameuses en direct a déjà constaté ce type de comportements masculinistes.

En face, on retrouve Jack Orsino, la star du lycée : running back, capitaine de l’équipe de football américain, en couple avec l’une des filles les plus populaires… bref, le cliché vivant du high school américain. Mais tout son monde s’écroule après une blessure. C’est là qu’il découvre un nouvel univers, celui du jeu vidéo, avec Twelfth Knight.

Et franchement, c’est l’une des parties du roman que j’ai le plus aimées. Ce moment de découverte m’a rappelé mes propres débuts dans la culture geek. Jack s’ouvre non seulement aux jeux vidéo, mais aussi à tout un univers : la science-fiction, les séries, les festivals, etc. Une phrase m’a particulièrement marqué·e :

« C’est carrément libérateur d’avoir tout un univers où mon imagination est la seule chose qui se limite. »
Je trouve qu’elle résume parfaitement ce qui rend la culture geek si précieuse pour tant de personnes : un espace d’évasion, d’imagination, d’expression personnelle.

Une autrice entre romance, fantasy et culture geek

Derrière Twelfth Knight, on retrouve Alexene Farol Follmuth, une autrice américaine de première génération, passionnée de romance et grande amatrice de récits en tous genres. Si son nom ne vous est pas familier, vous la connaissez peut-être sous son pseudonyme bien plus célèbre : Olivie Blake, autrice de fantasy adulée sur BookTok, notamment grâce au phénomène The Atlas Six ou encore au webtoon Clara and the Devil.

En 2022, elle publie son premier roman Young Adult sous son vrai nom : My Mechanical Romance, une comédie romantique dans le milieu scolaire. Avec Twelfth Knight, elle poursuit son exploration des émotions adolescentes, du féminisme, et de la culture geek, dans un récit à la croisée des mondes virtuel et réel.

Elle vit à Los Angeles avec son mari, leur bébé et un pitbull adopté. On peut suivre son actualité sur ses réseaux sociaux ou son site officiel.

Une couverture dynamique qui reflète parfaitement l’univers du roman

La couverture de Twelfth Knight, publiée chez BigBang, attire immédiatement l’œil par son esthétique colorée, moderne et résolument geek. Illustrée dans un style semi-réaliste proche du comic book, elle met en scène les deux protagonistes, Jack et Viola, dans un jeu visuel astucieux qui reflète la dualité entre leur vie réelle et leur avatar virtuel.

Sur la partie supérieure, on découvre Jack en tenue de football américain, adoptant une posture confiante, dos à Viola, qui tient un livre et porte un t-shirt orné de l’inscription Village Witch — un clin d’œil évident à la culture geek et à la sorcellerie pop. Leurs expressions sont sérieuses, presque concentrées, comme s’ils étaient sur le point d’entrer dans une partie.

Juste en dessous, inversés en miroir, apparaissent leurs alter ego dans le jeu vidéo Twelfth Knight : deux chevaliers en armure, l’un en vert et or, l’autre en rouge et argent. Ce contraste visuel entre la vie lycéenne et l’univers heroic fantasy illustre à merveille le cœur du récit : un pont entre le quotidien d’adolescent·es et l’évasion que permet le jeu en ligne.

La palette de couleurs vives — bleu clair, rouge, doré — et les effets de lumière numérique évoquent l’univers virtuel du MMORPG. Le titre, Twelfth Knight, est mis en valeur par une typographie médiévale stylisée, renforçant l’ambiance fantasy tout en restant lisible et accrocheuse.

Une couverture efficace, donc, à la fois symbolique et esthétique, qui donne immédiatement le ton : entre IRL et virtuel, féminisme et romance geek.

Twelfth Knight

Une lecture geek, inclusive et pleine de cœur

Avec Twelfth Knight, Alexene Farol Follmuth signe un roman young adult moderne, touchant et nécessaire, qui mêle avec brio romance, culture geek et réflexion sur les inégalités de genre, notamment dans les univers virtuels. Derrière ses apparences de comédie romantique légère, le récit aborde des thèmes forts comme la légitimité des filles dans le jeu vidéo, le poids des stéréotypes au lycée, ou encore l’importance de trouver un espace où être pleinement soi-même.

Les personnages, d’abord archétypaux, gagnent en nuance et en profondeur, rendant la lecture de plus en plus addictive. Viola et Jack nous embarquent dans une aventure aussi intime qu’universelle, entre IRL et MMORPG, coups de cœur et combats personnels.

Bref, si vous cherchez une lecture inclusive, engagée et résolument geek, Twelfth Knight est fait pour vous. Et qui sait ? Peut-être qu’à la fin, comme moi, vous aurez un peu envie de vous reconnecter à ce que le jeu vidéo a de plus beau à offrir : un terrain d’imaginaire, de liberté et de rencontres sincères.

Prolongez votre expérience sur LaRevueD’Geek

Vous lisez gratuitement LaRevueD’Geek.
Avec l’abonnement Premium, vous pouvez aller plus loin : profil geek personnalisé, recommandations adaptées à vos goûts, quiz exclusifs et accès anticipé aux contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Débloquez l’expérience LaRevueD’Geek

LaRevueD’Geek est un média geek indépendant.

En vous abonnant, vous soutenez un projet libre et vous débloquez l’expérience Premium : profil geek avancé, recommandations personnalisées et contenus exclusifs.

(dès 1,99€/mois)

Vous pouvez fermer cette fenêtre, on ne vous la montrera pas à chaque visite 😉

Aller au contenu principal