Il aura fallu dix-neuf longues années pour que Bethesda daigne redonner un coup de projecteur à l’un de ses titres les plus emblématiques : The Elder Scrolls IV: Oblivion. Dévoilé de manière éclatante en avril 2025, Oblivion Remastered s’est imposé dès sa sortie comme l’un des remasters les plus attendus de la décennie, réunissant près de 200 000 joueuses et joueurs simultanément sur Steam. Ce retour tonitruant n’est pas qu’un simple exercice de nostalgie, mais une tentative audacieuse de réenchanter un univers aussi riche qu’imparfait. À travers une refonte graphique spectaculaire, quelques ajustements de gameplay bien sentis et une volonté claire de ne pas trahir l’œuvre originale, Oblivion Remastered se veut le pont entre deux générations de rôlistes. Mais la magie opère-t-elle encore en 2025 ? Spoiler : oui, mais avec des bémols.
Le destin d’un empire entre vos mains
L’aventure commence toujours dans les geôles humides d’un donjon impérial. Après avoir sculpté votre personnage à partir des dix races jouables, vous assistez à l’assassinat brutal de l’empereur Uriel Septim VII. S’en suit une mission cruciale : retrouver et protéger Martin Septim, héritier caché, dans une quête qui vous mènera aux confins d’un royaume ravagé par des portails démoniaques et des créatures daedriques.
Cette trame héroïque aux accents apocalyptiques n’a pas pris une ride. Le scénario central, certes inchangé, garde tout son souffle épique, porté par une mise en scène plus immersive grâce à l’ajout de nouvelles animations contextuelles lors de certaines séquences clés. Que l’on soit novice ou vétéran·e, la magie narrative opère toujours.
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Un lifting magistral orchestré par Virtuos
Le plus gros chantier de ce remaster repose sur l’aspect visuel. Le studio Virtuos, mandaté par Bethesda, a exploité les capacités de l’Unreal Engine 5 pour offrir à Oblivion une seconde jeunesse. Le monde ouvert bénéficie désormais de textures haute définition, d’ombres dynamiques, d’une végétation luxuriante et d’un ciel à couper le souffle. Chaque région de Cyrodiil gagne en densité et en caractère.
Les effets de lumière subliment les donjons, et les environnements prennent une nouvelle dimension, en particulier dans les plans infernaux d’Oblivion. L’ambiance visuelle est tout simplement envoûtante, même si l’on peut regretter l’absence de HDR natif et quelques effets ratés comme les reflets sur l’eau, qui trahissent parfois l’âge du moteur sous-jacent.
Sur consoles, cependant, le mode Performance (4K/60fps) n’offre pas une fluidité constante. Les ralentissements sont fréquents, notamment dans les zones denses ou lors de combats. Des patchs sont à espérer, car cette instabilité gâche par moments l’immersion.
Une jouabilité entre passé figé et modernité timide
Virtuos ne s’est pas contenté d’un coup de peinture. Plusieurs petites améliorations de gameplay ont été intégrées pour rendre l’expérience plus fluide :
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Un système de sprint facilite les déplacements ;
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Les coups portés en combat génèrent désormais un vrai feedback visuel ;
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L’interface utilisateur a été repensée, s’inspirant de celle de Skyrim, avec des raccourcis mieux pensés et des filtres de recherche.
Le résultat est convaincant, mais les limites de conception d’un jeu de 2006 ressurgissent rapidement : les animations restent rigides, même en vue à la troisième personne, les temps de chargement abondent (surtout en intérieur), et le système de combat demeure extrêmement basique, sans réelle progression.
L’intelligence artificielle, tant alliée qu’ennemie, montre aussi ses failles : PNJs qui tournent en rond, gardes inactifs, monstres incapables de gérer les collisions. Cela prête parfois à sourire, souvent à grincer des dents.
Une édition généreuse mais clivante
Oblivion Remastered intègre d’office les deux extensions majeures : Knights of the Nine et Shivering Isles, offrant une durée de vie vertigineuse. Des dizaines de quêtes secondaires, donjons à explorer et objets légendaires à dénicher attendent les explorateurs et exploratrices de Tamriel.
Mais là où le bât blesse, c’est du côté du doublage vocal. Alors que la version originale proposait une VF complète, ce remaster est entièrement en anglais, avec des sous-titres partiellement traduits. Certaines conversations restent même non sous-titrées. Une erreur regrettable pour une œuvre aussi narrative.
La communauté, fidèle au poste, a déjà réagi : sur NexusMods, les moddeurs ont restauré la VF originelle. Mais cette initiative communautaire ne bénéficie d’aucun soutien officiel de Bethesda, ce qui rappelle tristement le traitement réservé à Starfield.
Une madeleine de Proust pour les fans, un labyrinthe pour les autres
On ressent une volonté claire de ne pas trahir l’âme d’Oblivion. La colorimétrie d’époque, les formes anguleuses des visages, les musiques cultes de Jeremy Soule… tout respire la fidélité. Mais cette fidélité est à double tranchant : ce qui séduit les anciens repoussera peut-être les nouvelles et nouveaux venus.
Certaines séquences, comme l’attaque de Kvatch, restent aussi peu épiques qu’en 2006. Les bugs de script, les collisions foireuses, les PNJs qui se bloquent : autant de reliques d’un autre temps, laissées intactes.
Dès lors, à qui s’adresse ce remaster ? Aux fans invétérés, bien sûr. Celles et ceux qui ont grandi avec Oblivion y verront une merveilleuse lettre d’amour. Mais pour le joueur ou la joueuse d’aujourd’hui, le titre risque de paraître daté, bancal, voire frustrant.
Oblivion Remastered est une déclaration d’amour à une époque où les RPGs ne se prenaient pas (trop) au sérieux, mais tentaient déjà tout. C’est un remaster honnête, qui modernise l’essentiel sans altérer l’ADN du jeu. Le résultat n’est pas parfait, loin de là, mais il reste profondément attachant. Si vous êtes prêt·e à fermer les yeux sur ses archaïsmes et à embrasser ses imperfections, vous découvrirez un monde fascinant, une épopée légendaire, et des heures de jeu inoubliables. Pour les autres, prudence : Oblivion Remastered n’est pas un remake, c’est un retour à la maison… avec les mêmes tuiles cassées sur le toit.
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