Annapurna Interactive revient en ce mois de mai 2026 avec Mixtape, un jeu qui aborde avec légèreté et musicalité le passage à l’âge adulte après la fin des études. Porté par une direction artistique soignée, une bande-son aux petits oignons et des personnages particulièrement touchants, Beethoven & Dinosaur nous invite à vivre la dernière soirée d’un trio d’étudiant·es. Alors, branchez vos Walkman : retour dans les années 90 !
Une dernière nuit avant le grand saut
Vous incarnez Stacey Rockford, une jeune femme qui vient tout juste de terminer ses études. Qui dit fin des cours dit aussi dernière soirée avant le grand départ. Alors qu’une immense fête se prépare sur la plage, Stacey et ses deux ami·es, Cassandra et Slater, comptent bien profiter de cette ultime nuit ensemble avant que chacun·e ne parte réaliser ses rêves.
Des souvenirs qui donnent vie aux personnages
Durant les trois à quatre heures que compte l’aventure, vous préparez cette fameuse soirée en explorant les maisons des différents protagonistes à la recherche de quoi s’amuser. Les chambres d’adolescent·es regorgent de souvenirs, et chaque objet devient le point de départ d’un flashback venant enrichir le passé des personnages.
À travers ces moments plus intimes, Mixtape développe progressivement ses héros et héroïnes. Malgré la courte durée de l’expérience, on finit rapidement par s’attacher à cette bande de jeunes adultes en plein tournant de leur vie.
Une ode à la musique et aux années 90
Stacey et son groupe sont des rebelles métalleux passionné·es de skate. La jeune femme rêve de devenir coordinatrice musicale, et la musique représente une part essentielle de son identité. C’est d’ailleurs au travers d’une vingtaine de morceaux soigneusement sélectionnés que Mixtape aborde ce passage complexe entre adolescence et âge adulte.
À plusieurs reprises, Stacey brise le quatrième mur pour s’adresser directement à nous et expliquer pourquoi tel ou tel morceau a marqué un moment précis de sa vie. Une approche particulièrement intéressante, car elle donne finalement l’impression d’être le ou la quatrième membre de la bande.
Entre skate, contemplation et mini-jeux
Le titre alterne entre des séquences de skate où l’on enchaîne les ollies et les bêtises de jeunesse sur la route, et des moments beaucoup plus calmes dans les chambres des personnages. Ici, pas d’action frénétique ni de game over : le jeu préfère laisser défiler les souvenirs au rythme des discussions et des musiques.
Quelques mini-jeux viennent ponctuer l’aventure afin de varier le gameplay et de débloquer des succès. Rien de particulièrement difficile d’ailleurs, puisque Mixtape se révèle assez simple à terminer à 100 %.
Un gameplay contemplatif qui mise avant tout sur l’ambiance
Le gameplay de Mixtape n’est clairement pas son principal point fort. L’expérience se révèle assez lente et contemplative, dans une approche qui rappelle par moments Life is Strange, mais sans les phases d’action, de tension ou de véritables choix à conséquences.
C’est d’ailleurs probablement la principale faiblesse du titre : tout y est volontairement très léger. Que ce soit dans son rythme, sa narration ou sa mise en scène, le jeu préfère constamment la douceur à l’intensité dramatique.
Une adolescence racontée avec douceur
Le ton adopté reste lui aussi relativement léger. Je m’attendais personnellement à une aventure plus bouleversante émotionnellement, même si le final m’a tout de même arraché une petite larme.
Sans jamais être mauvais, Mixtape évoque avec justesse les sujets liés à l’adolescence : les bêtises entre ami·es, les premiers amours, les premières fois, les disputes avec les parents, les coups de mou ou encore les peines de cœur. En très peu de temps, le titre parvient à aborder tous ces thèmes avec une certaine simplicité qui, au fond, rappelle parfaitement cette période de la vie où tout semble à la fois intense et éphémère.
Quand le réalisme laisse place au rêve
Si le jeu cherche souvent à proposer une représentation réaliste du passage à l’âge adulte, il lui arrive aussi de basculer dans un registre plus loufoque et surréaliste. Je pense notamment à cette séquence sur la plage où toutes les voitures s’envolent dans le ciel pendant un feu d’artifice.
C’est absurde, magique et presque irréel. Mais après tout, nos plus beaux souvenirs d’adolescence ne ressemblent-ils pas souvent à cela ? Des moments finalement ordinaires, devenus extraordinaires grâce aux personnes qui les partageaient avec nous.
Une bande-son au cœur de l’expérience
Impossible évidemment de parler de Mixtape sans évoquer sa musique, véritable colonne vertébrale de l’expérience. Tout, dans le jeu, rappelle que la musique en est l’essence même, à commencer par son titre.
Même les menus participent à cette identité visuelle avec une interface pensée comme une boîte de CD, où les différentes options apparaissent sous forme d’autocollants collés sur le boîtier.
La bande-son sous licence colle parfaitement à l’univers des personnages avec une sélection punk, rock et alternative regroupant plusieurs grands noms des années 70 jusqu’aux années 90. On y retrouve notamment des morceaux de DEVO, Roxy Music, Lush, The Smashing Pumpkins, Iggy Pop, Siouxsie and the Banshees, Joy Division ou encore The Cure.
Enfin, l’OST composée spécialement pour le jeu accompagne avec beaucoup de justesse cette ambiance mélancolique et nostalgique propre aux souvenirs d’adolescence.
Une direction artistique entre nostalgie et rêve éveillé
Visuellement, Mixtape séduit immédiatement grâce à sa direction artistique particulièrement chaleureuse et mélancolique. Le jeu adopte une esthétique très cinématographique avec des couleurs saturées, des lumières orangées et une utilisation constante du flou de mouvement qui donne presque l’impression de feuilleter de vieux souvenirs d’adolescence.
Les environnements naturels, notamment les routes bordées d’arbres rouges et orangés ou les paysages montagneux baignés par la lumière du coucher de soleil, participent énormément à cette sensation de nostalgie permanente. Chaque décor semble pensé comme une carte postale des années 90 idéalisées. Certaines séquences en skate rappellent même des clips musicaux tant la mise en scène mise sur la vitesse, la lumière et les sensations plutôt que sur le réalisme pur.
Des personnages expressifs malgré un style stylisé
Le style graphique choisi par Beethoven & Dinosaur repose sur des personnages très stylisés, presque caricaturaux par moments, avec des visages anguleux et des expressions faciales volontairement accentuées. Pourtant, malgré cette approche presque cartoon, les émotions passent extrêmement bien.
Les regards, les silences et les petites expressions faciales suffisent souvent à raconter ce que les personnages n’osent pas dire. Stacey, Cassandra et Slater dégagent une vraie authenticité, notamment dans les scènes plus intimistes comme celles dans les chambres ou les discussions nocturnes.
On ressent également une forte inspiration du cinéma indépendant américain dans la composition des plans. Certaines images, comme la silhouette des personnages face au coucher de soleil rose ou les séquences dans la cabine photo, ressemblent presque à des pochettes d’albums indie rock.
Une mise en scène qui transforme les souvenirs en fantasmes
L’un des aspects les plus réussis visuellement reste la manière dont le jeu transforme des souvenirs ordinaires en moments presque irréels. Lorsque les personnages roulent en skate sur une route baignée de lumière automnale ou s’envolent littéralement dans les airs durant certaines séquences plus oniriques, Mixtape abandonne complètement le réalisme pour plonger dans quelque chose de plus sensoriel et émotionnel.
Le jeu cherche moins à représenter la réalité qu’à retranscrire la façon dont on se souvient de cette période de notre vie : floue, intense, belle et parfois complètement surréaliste. Cette approche fonctionne particulièrement bien grâce aux effets de lumière, à la profondeur de champ très marquée et aux transitions fluides entre gameplay et souvenirs.
Une identité visuelle cohérente jusque dans les détails
Même l’interface du jeu participe à cette identité rétro. Les cassettes audio, les autocollants, les chambres remplies d’objets personnels, les vieux lecteurs CD ou encore les photos accrochées aux murs renforcent constamment cette ambiance « coming-of-age » des années 90.
Chaque environnement raconte quelque chose sur les personnages. Les chambres sont désordonnées, pleines de souvenirs, de musique et de passions adolescentes. Ce souci du détail donne beaucoup de crédibilité au monde du jeu et participe énormément à l’attachement que l’on développe pour cette bande d’ami·es.
Une aventure imparfaite mais profondément sincère
Avec Mixtape, Beethoven & Dinosaur signe une aventure courte mais profondément sincère, portée par une direction artistique sublime et une bande-son exceptionnelle. Plus qu’un véritable jeu à gameplay, le titre se rapproche presque d’un voyage sensoriel et nostalgique sur cette période étrange qu’est la fin de l’adolescence.
Certes, son rythme très contemplatif et son écriture volontairement légère pourront frustrer celles et ceux qui attendaient une expérience plus intense ou plus marquante émotionnellement. Pourtant, c’est justement dans cette douceur et cette simplicité que Mixtape trouve toute sa personnalité. Le jeu ne cherche jamais à dramatiser à outrance : il préfère capturer ces petits instants suspendus qui finissent par devenir nos plus précieux souvenirs.
Grâce à ses personnages attachants, sa mise en scène onirique et son amour évident pour la musique et la culture des années 90, Mixtape réussit à créer une bulle mélancolique dans laquelle il est particulièrement agréable de se perdre pendant quelques heures. Une expérience imparfaite, mais profondément humaine, qui parlera probablement à toutes celles et ceux ayant déjà eu peur de voir une belle époque toucher à sa fin.
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