Quatre ans. Quatre ans d’attente, de rumeurs d’annulation, de tournages reportés, de tweets catastrophistes. Et quand Euphoria revient enfin sur HBO Max un 13 avril 2026, on espère retrouver la série qui nous avait scotchés avec ses plans-séquences hallucinés, ses portraits d’adolescents au bord du gouffre, et la performance de Zendaya capable de vous faire pleurer entre deux pubs pour des sneakers. Ce qu’on retrouve, c’est autre chose. Pas rien. Mais autre chose.
Le pitch : cinq ans plus tard, toujours le même chaos
La saison 3 opère un saut de cinq ans. Les personnages quittent définitivement le lycée pour entrer dans la vie adulte. Rue reste au cœur de l’histoire, toujours engloutie par l’addiction, désormais impliquée dans un trafic de drogue entre le Mexique et les États-Unis pour rembourser une dette. Jules est à l’école d’art, Maddy travaille dans une agence de talent à Hollywood, Cassie et Nate sont fiancés et vivent en banlieue, Lexi est assistante d’un showrunner. Des destins dispersés, des vies d’adultes cabossées — sur le papier, l’évolution logique d’une série sur la génération Z qui grandit.
Ce qui fonctionne : la beauté plastique, Zendaya, toujours
Soyons honnêtes sur ce qui tient encore debout. L’audace visuelle ne faiblit pas : chaque plan ressemble encore à un tableau de maître sous acide, et la performance de Zendaya est une nouvelle fois qualifiée de stratosphérique. Le Guardian la décrit comme « tellement brillante qu’on ne peut s’empêcher de compatir avec Rue ». C’est vrai. Zendaya porte la saison sur ses épaules avec une intensité qui dépasse le cadre de la série. Vous oubliez que vous regardez une fiction.
Le passage à l’âge adulte gagne aussi en noirceur assumée. Fini le vernis paillettes de la saison 1 — ici, les personnages payent cash les erreurs de leur adolescence. Sur le fond, l’intention est là.

Ce qui ne fonctionne pas : Sam Levinson en roue libre
Mais la critique presse est cinglante, et elle n’a pas tort. La structure narrative est jugée inégale, avec des sous-intrigues qui s’étirent inutilement, sacrifiant le développement des personnages secondaires. Certains reprochent à la série de friser l’auto-parodie, dans une complaisance pour le glauque qui fait basculer ce portrait générationnel en un défilé de traumas trop clichés pour être totalement sincères.
GQ décrit la saison comme « violente et décevante », tandis que The Guardian parle d’un univers « obsédé par le travail du sexe et le révulsant ». Le score Rotten Tomatoes plafonne pour l’instant à 44%. Ce n’est pas un accident.
La polémique Sweeney : quand la provocation devient de l’exploitation
C’est ici que la saison 3 révèle vraiment son problème de fond. Dès le premier épisode, le personnage de Cassie se lance dans la création de contenu pour adultes sur OnlyFans après l’obtention de son bac. Elle enfile diverses tenues légères, dont celle d’un bébé — cheveux tressés, haut transparent, tétine à la bouche, jambes en l’air sur son canapé. La scène a provoqué un séisme immédiat sur les réseaux sociaux.
La polémique ne se limite pas au dégoût esthétique. Elle soulève une question de fond sur l’écriture de Sam Levinson. La façon dont Levinson traite les corps des femmes n’approfondit ni ne critique la compréhension de l’hypersexualisation que la société encourage. Cela donne simplement l’impression d’un prétexte pour mettre en scène des fantasmes masculins, réduisant les femmes à de simples objets, sans la moindre nuance.
Page Six relève que d’autres personnages jugent le comportement de Cassie « dégueulasse » et « malsain » à l’écran — mais s’interroge : à qui sont alors destinées ces images ? Si l’objectif de Levinson était de créer autre chose qu’une scène choquante, il s’est selon eux complètement fourvoyé.
Ce n’est pas un procès d’intention isolé. Le travail de Levinson avait déjà été attaqué lors de The Idol, accusé de puiser dans une esthétique du « porno chic » aujourd’hui considérée comme profondément sexiste. La presse anglo-saxonne accuse Levinson de misogynie, de mauvais traitements des femmes et d’hypersexualisation de ses actrices — la « jubilation à voir des femmes humiliées » comme moteur narratif.
Ce qui interroge aussi, c’est la place donnée au personnage de Cassie, incarné par Sydney Sweeney, pourtant également productrice exécutive de la série. Une partie du public et de la critique s’interroge sur la manière dont la série utilise son image, souvent réduite à une hypersexualisation répétée, sans évolution narrative claire.

Le verdict
Euphoria saison 3 n’est pas une catastrophe totale. C’est pire : c’est une déception brillante. Une série qui avait les moyens de conclure quelque chose de grand, et qui choisit à la place de se vautrer dans ses propres excès, confondant provocation et profondeur. Zendaya mérite mieux. Sydney Sweeney mérite mieux. Et franchement, le public aussi.
Levinson s’était contenté de tendre un miroir à la réalité dans les premières saisons. Aujourd’hui, une grande partie de la profondeur émotionnelle a disparu. Il ne reste plus que le sexe, poussé à des extrêmes grotesques et presque déshumanisants.
Euphoria, c’était une série sur la douleur de grandir. La saison 3, c’est une série sur le refus de grandir — de la part de son créateur.
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