Des notes sombres pour un monde brisé – Eriksholm, partition d’un rêve étouffé

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Le 15 juillet dernier est sorti Eriksholm: The Stolen Dream, développé par River End Games. Ce premier titre du studio suédois mêle stratégie, infiltration et narration soignée. Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Le gameplay se montre intuitif, avec des environnements finement pensés qui servent d’énigmes interactives à résoudre pour progresser. Le tout est sublimé par des cinématiques très travaillées, une bande-son immersive et des personnages touchants, qui donnent au jeu une dimension humaine et narrative très réussie. Disponible sur Xbox Series, PlayStation 5 et PC, Eriksholm: The Stolen Dream pose les bases d’un univers riche.

Une fuite inattendue, une quête bouleversante

Dans Eriksholm: The Stolen Dream, vous incarnez tout d’abord Hanna, une jeune femme tout juste remise d’une maladie mystérieuse. Depuis sa convalescence, c’est son petit frère Herman qui travaille sans relâche pour subvenir à leurs besoins. Orphelins depuis plusieurs années, les deux jeunes vivent tant bien que mal dans une province oppressée par un régime autoritaire.

Mais un jour, tout bascule. Un policier vient frapper à la porte : il est à la recherche d’Herman, soupçonné de vol. Alors que l’officier tente d’emmener Hanna pour l’interroger, celle-ci prend la fuite. Commence alors une aventure haletante, dans laquelle vous devrez retrouver Herman tout en découvrant les véritables raisons derrière ce mystérieux larcin.

Complots politiques, énigmes environnementales et climat de terreur sont au cœur de cette épopée d’une dizaine d’heures, qui vous entraînera dans les méandres d’un monde aussi beau qu’impitoyable.

Une province rongée par la maladie, l’oppression et la peur

À travers les fragments de documents disséminés dans le jeu, Eriksholm dépeint un territoire en déclin, rongé par une épidémie connue sous le nom de peste du cœur. Les notes retrouvées tracent le quotidien d’une population acculée, marquée par la douleur, la pauvreté et l’angoisse. Les travailleurs et travailleuses, souvent exploité·es et sous-alimenté·es, survivent tant bien que mal avec des tickets de rationnement dérisoires, pendant que les élites profitent d’un marché noir florissant.

La tension politique est palpable : des rapports militaires alertent sur la prolifération d’armes étrangères, la corruption policière et la montée de factions clandestines. Entre méfiance, paranoïa et désespoir, le peuple d’Eriksholm vit dans l’ombre d’un pouvoir autoritaire et d’une maladie incurable. Le moindre souffle d’air frais devient un acte de rébellion, une quête de liberté dans un monde où le système semble broyer toute humanité.

Un trio complémentaire pour une infiltration à plusieurs visages

Si l’aventure commence uniquement aux côtés de Hanna, Eriksholm: The Stolen Dream élargit rapidement son gameplay en vous permettant de contrôler plusieurs personnages. Chacun et chacune possède ses propres capacités, ce qui rend la progression variée et stratégique.

Hanna, la protagoniste principale, est une jeune femme frêle mais déterminée, au caractère bien trempé. Son franc-parler et ses punchlines marquent l’esprit, et si elle manque de force brute, elle compense par son ingéniosité. Armée d’une sarbacane capable d’endormir les ennemis, elle se faufile dans les conduits d’aération pour passer inaperçue.

À ses côtés, on découvre Alva, une voleuse agile et rusée. Contrairement à Hanna, son rôle n’est pas de neutraliser, mais de distraire. Munie d’une fronde, elle attire l’attention des gardes ou brise les lampes pour plonger la scène dans l’obscurité — une alliée précieuse pour manipuler la lumière et ouvrir la voie à ses compagnons. Sa souplesse lui permet également de grimper le long des gouttières, ajoutant une verticalité bienvenue à certaines phases d’infiltration.

alva et sa fronde

Enfin, le troisième membre du trio se nomme Sebastian. Plus imposant physiquement, grand, chauve et costaud, il apporte une dimension plus musclée au gameplay. Capable d’étouffer les ennemis par surprise (toujours en arrivant dans leur dos, infiltration oblige), il est aussi le seul à savoir nager, ce qui permet d’explorer certaines zones autrement inaccessibles.

Ce trio complémentaire vous oblige à adapter votre approche selon les situations, mêlant discrétion, diversion et action furtive, pour une expérience de jeu riche et dynamique.

Un gameplay d’infiltration où le décor devient l’énigme

Dans Eriksholm: The Stolen Dream, les énigmes classiques laissent place à une infiltration fine et réfléchie. N’espérez pas trouver des combinaisons de cadenas ou des coffres à déchiffrer : ici, tout repose sur l’analyse de l’environnement.

Le jeu se déroule en vue du dessus, avec une caméra que vous pouvez déplacer librement pour explorer les lieux et planifier votre approche. Les ennemis possèdent un champ de vision assez large, et plus vous êtes loin, plus leur jauge d’alerte se remplit lentement. Mais attention : une fois celle-ci pleine, c’est le game over, et vous recommencez au dernier point de contrôle.

L’environnement devient alors votre principal allié. Il vous faudra casser des ampoules, lancer des cailloux sur des plaques métalliques ou encore activer des machines bruyantes pour détourner l’attention. Chaque niveau est pensé comme un casse-tête spatial, où l’observation prime sur l’action directe.

À cela s’ajoute la complémentarité des trois personnages, que vous contrôlez simultanément. Certaines séquences exigent une parfaite coordination, obligeant à enchaîner rapidement les actions : endormir un garde, distraire un second, neutraliser un troisième… Le tout dans un timing serré. Ce système offre des moments particulièrement satisfaisants, même si certaines manœuvres peuvent parfois sembler un peu complexes à exécuter.

Hanna, Alva et Sebastian dans une pièce remplie d'ennemis

Une direction artistique soignée et une bande-son immersive

Eriksholm: The Stolen Dream est un véritable plaisir pour les yeux. Le jeu propose de superbes cinématiques qui ponctuent chaque chapitre avec élégance. Ces séquences mettent en lumière la richesse des décors et la finesse du jeu d’acteur numérique, renforçant l’attachement aux personnages et à leur histoire.

Même durant les phases de gameplay, le titre impressionne. Chaque tableau regorge de détails, et malgré la vue du dessus, le studio parvient à jouer intelligemment avec la profondeur, en proposant plusieurs plans visuels et une sensation de volume très réussie. L’univers, sombre mais vivant, est porté par une direction artistique cohérente et maîtrisée, qui rend chaque scène crédible et captivante.

La bande-son, elle aussi, participe pleinement à l’immersion. Signée Leif Jonsson — connu notamment pour la musique de Leo’s Fortune, un petit bijou du jeu mobile —, la composition est ici plus intense et dramatique. Avec plus de 90 morceaux originaux, la musique installe une ambiance pesante et oppressante, parfaite pour les phases d’infiltration. Violons stridents, percussions sourdes, nappes sombres : tout est pensé pour accompagner les moindres tensions du scénario, jusqu’au dernier souffle.

cinématique mettant en avant alva

Avec Eriksholm: The Stolen Dream, River End Games signe un premier jeu remarquable, à la fois mature, maîtrisé et profondément humain. Le studio suédois parvient à fusionner narration, gameplay d’infiltration et ambiance dystopique dans un ensemble cohérent, aussi captivant que touchant. Porté par une direction artistique léchée, une bande-son intense et un système de jeu intelligent, le titre propose une expérience immersive, stratégique et émotionnelle. Bien plus qu’un simple jeu d’infiltration, Eriksholm est une œuvre engagée, qui interroge les systèmes d’oppression, la solidarité et le prix de la liberté. Une aventure aussi prenante que poétique, à ne pas manquer pour celles et ceux en quête de récits forts et de gameplay exigeant.

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