Un virage stratégique dicté par un marché AAA sous tension
Depuis plusieurs années, l’industrie du jeu vidéo AAA fait face à une équation de plus en plus complexe : coûts de production en forte hausse, concurrence exacerbée et difficulté croissante à faire émerger de nouvelles licences majeures. Ubisoft ne fait pas exception. Malgré des progrès récents sur la qualité de ses productions, le groupe estime que son organisation actuelle n’est plus adaptée à un marché où seuls quelques blockbusters mondiaux concentrent l’essentiel de la valeur.
Pour répondre à ces défis, l’éditeur assume un repositionnement clair, articulé autour de trois piliers structurants : un nouveau modèle opérationnel, un recentrage drastique du portefeuille et une réduction accélérée de sa base de coûts fixes .
Cinq Creative Houses pour redonner de l’autonomie aux équipes
Cœur de cette transformation : la création de cinq Creative Houses, véritables unités d’affaires intégrées, organisées par genres créatifs et grandes marques. Objectif affiché : rapprocher les responsabilités créatives, marketing et financières, tout en accélérant la prise de décision grâce à une gouvernance plus décentralisée.
Chaque Creative House sera responsable de la performance globale de son portefeuille, de la conception à la distribution, avec une responsabilité financière complète. Les franchises historiques les plus puissantes – Assassin’s Creed, Far Cry ou Rainbow Six – sont regroupées au sein de Vantage Studios, avec l’ambition de bâtir des marques capables de générer plus d’un milliard d’euros de revenus annuels.
Ce modèle marque un changement culturel fort pour Ubisoft, qui mise sur une organisation plus proche des joueurs et des communautés, tout en conservant des fonctions support mutualisées via un Creative Network et des Core Services dédiés aux technologies, à la production et aux opérations.
Un portefeuille recentré, avec des décisions lourdes de conséquences
En parallèle, Ubisoft a mené un examen approfondi de son pipeline de contenus. Résultat : six jeux arrêtés, dont le très attendu Prince of Persia: The Sands of Time Remake, ainsi que quatre projets non annoncés et un jeu mobile. Sept autres titres voient leur développement allongé afin d’atteindre des standards de qualité jugés plus élevés.
Ce recentrage assumé a un impact immédiat sur les perspectives financières. Pour l’exercice 2025-26, Ubisoft anticipe désormais :
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environ 1,5 milliard d’euros de net bookings ;
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un EBIT non-IFRS proche de -1 milliard d’euros, en grande partie lié à des dépréciations accélérées ;
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un free cash-flow négatif compris entre -400 et -500 millions d’euros.
Le groupe précise que les prévisions précédemment communiquées pour 2026-27 ne constituent plus une référence et seront mises à jour en mai 2026 .
500 millions d’euros d’économies pour restaurer l’agilité financière
Cette transformation stratégique s’accompagne d’un plan de réduction massive des coûts. Ubisoft vise une baisse cumulée d’environ 500 millions d’euros de coûts fixes par rapport à l’exercice 2022-23. L’objectif est clair : ramener la base de coûts fixes annualisés à 1,25 milliard d’euros d’ici mars 2028, contre 1,75 milliard auparavant.
Concrètement, cela passe par des fermetures de studios, des restructurations ciblées (notamment à Halifax, Stockholm, Abu Dhabi ou chez Massive) et une discipline renforcée en matière de recrutements. Ubisoft assume également un retour majoritaire au travail sur site, estimant que la collaboration en présentiel est un levier clé de créativité et d’efficacité dans un marché AAA devenu ultra-exigeant.
Un pari stratégique à haut risque, mais assumé
D’un point de vue analytique, cette refonte marque un pari clair et risqué : concentrer les ressources sur un nombre réduit de franchises capables de générer des revenus récurrents à grande échelle, tout en rationalisant une organisation jugée trop lourde. Si ce repositionnement peut améliorer la lisibilité stratégique et la discipline financière du groupe, il renforce mécaniquement la dépendance d’Ubisoft à ses marques historiques.
Dans un marché où l’échec d’un seul AAA peut lourdement peser sur les résultats, l’exécution de cette nouvelle feuille de route sera déterminante. À court terme, l’impact financier est assumé. À moyen et long terme, Ubisoft espère retrouver une croissance durable, une génération de trésorerie robuste et, surtout, une crédibilité créative renouvelée dans une industrie plus sélective que jamais.
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