Et si vous pouviez changer les choix qui ont façonné votre vie ? Dans The Alters, cette idée de science-fiction prend une dimension intime et stratégique. Développé par 11 Bit Studios, le jeu nous propulse sur une planète aussi belle qu’hostile, où le seul espoir de survie réside dans la création de versions alternatives de soi-même. Dans un monde en ruine, balayé par les radiations, vous incarnez Jan Dolski, unique survivant d’une mission spatiale qui a mal tourné. Mêlant gestion de base, exploration, survie, et réflexion existentielle, The Alters s’impose comme une œuvre ambitieuse et atypique. Mais si son concept séduit par sa profondeur, un usage controversé de l’intelligence artificielle générative, non mentionné à sa sortie, vient ternir l’expérience. Alors, que vaut vraiment cette aventure singulière ? Plongée dans un titre qui interroge autant qu’il captive.
Une planète hostile, un héros multiple
Dans The Alters, vous incarnez Jan Dolski, le seul survivant d’une expédition spatiale qui s’est écrasée sur une planète inhospitalière. Seul – pour le moment – vous explorez un monde désolé, sans trace de vie, aux paysages monotones, balayé chaque nuit par de violentes tempêtes de radiation.
Le jeu est divisé en trois actes, chacun vous demandant de survivre au quotidien en récoltant des ressources et en fabriquant de l’équipement. Chaque tâche consomme du temps, que vous pouvez accélérer en maintenant une touche dédiée. Cela permet d’optimiser vos actions, mais exige une bonne organisation. Car ici, le temps est votre pire ennemi : au fil des jours, le soleil se rapproche dangereusement de la planète. Si vous ne terminez pas un acte avant son arrivée, c’est le game over assuré.
Heureusement, malgré la mort de votre équipage, vous ne resterez pas seul bien longtemps. La planète abrite un minéral rare : le Rapidium, longtemps resté une simple hypothèse scientifique… jusqu’à ce que vous en découvriez un gisement. Grâce à un ordinateur quantique situé dans votre base, cette ressource vous permet de revenir sur certains embranchements de votre passé, et de créer des « Alters » : des versions alternatives de vous-même.
Ces clones partagent votre nom et votre apparence — à quelques détails près — mais ont vécu une vie différente. Pas la même profession, pas les mêmes relations familiales, pas le même vécu. C’est en collaborant avec ces Alters, chacun doté de compétences et de points de vue uniques, que vous pourrez progresser et espérer survivre plus longtemps sur cette planète mortelle.
Une équipe de soi pour survivre
Dans le titre de 11 Bit Studios, vous avez la possibilité de créer jusqu’à 7 Alters différents, chacun correspondant à une version alternative de Jan Dolski, issue d’un embranchement différent de votre passé. Ces personnages ne sont pas de simples copies : ils ont chacun leur vécu, leur personnalité, leur métier et leurs émotions. Voici un aperçu des rôles disponibles :
- Technicien : essentiel et obligatoire pour progresser dans l’histoire
- Scientifique : prioritaire pour débloquer la recherche
- Botaniste : important à moyen terme pour assurer l’approvisionnement alimentaire
- Travailleur : utile rapidement pour l’entretien de la base
- Raffineur et Mineur : à ajouter en fonction des besoins en ressources
- Médecin : indispensable en cas de blessure ou de stress
- Garde : optionnel, à créer selon la situation
Une fois le Technicien en place (le seul clone nécessaire pour avancer dans le scénario), c’est à vous de décider quels Alters créer en priorité, selon votre style de jeu et vos besoins. Chaque version de Jan possède sa propre histoire et ses motivations. Grâce à l’ordinateur quantique situé dans votre base, vous pouvez consulter leur passé et comprendre les choix qui les ont menés à leur situation actuelle. Ce système pousse à réfléchir sur les décisions de vie, dans un parallèle intéressant entre science-fiction et introspection personnelle.
Mais ces personnages ne sont pas de simples outils de gameplay. Ils ressentent, pensent, vivent. Et cela peut jouer en votre faveur… ou non. Il faudra composer avec leurs émotions, leur fatigue, leur stress, et parfois même leurs frustrations. Une mauvaise gestion des ressources, un isolement prolongé, ou des tensions interpersonnelles peuvent faire basculer l’équilibre fragile de votre communauté. Certains Alters peuvent se rebeller, voire refuser de continuer l’aventure avec vous.
Pour maintenir un climat sain, vous devrez construire des modules spécifiques : dortoirs pour le repos, salle de jeux pour la détente, infirmerie pour les soins, etc. Explorer la planète vous permettra également de récupérer des objets personnels de l’équipage, capables de remonter le moral de certains membres de votre équipe.
La gestion des tâches se fait via un menu des affectations. Chaque clone a ses spécialités, mais peut intervenir dans d’autres domaines si nécessaire. Par exemple, un Botaniste pourra travailler en continu dans la serre pour cultiver des légumes, pendant que le Cuisinier préparera des plats pour l’équipe. Certains modules, comme le laboratoire de recherche, ne peuvent toutefois être utilisés que par le Scientifique.
En somme, pour mener cette mission à bien, il faudra trouver le juste équilibre entre fermeté et bienveillance. Vos Alters peuvent se blesser, tomber malades ou même quitter la base définitivement si vous ne prenez pas soin d’eux. Un aspect humain fort, qui donne toute sa saveur au jeu et à son message sous-jacent.
Une base vivante… et à construire comme un Tetris spatial
Votre base dans The Alters prend la forme d’une immense roue métallique, au sein de laquelle vous allez insérer différents modules d’habitation. À vous de les construire, mais surtout de les agencer intelligemment. L’espace est limité, et très vite, l’aménagement de la base prend des allures de partie de Tetris : il faut optimiser chaque case, chaque bloc, chaque couloir.
Les modules sont nombreux et répondent à toutes les situations de vie à bord : cuisine, dortoir, chambre individuelle, salle de jeux, laboratoire de recherche, infirmerie… autant de pièces que vous devrez débloquer et entretenir pour garantir le confort et la survie de vos Alters. Le jeu ne se limite pas à l’efficacité : il propose aussi de vrais moments de vie. Vous pourrez par exemple partager une partie de beer-pong, regarder un film sur un vieux projecteur ou simplement passer du temps avec vos autres vous-mêmes. Des instants simples mais essentiels, qui renforcent l’attachement aux personnages.
Pour créer ces espaces, il vous faudra évidemment des ressources, mais aussi effectuer des recherches technologiques. Certains modules ne deviennent disponibles qu’après des échanges avec vos Alters, qui vous demanderont, à leur façon, un meilleur cadre de vie. Ces dialogues sont autant d’occasions de renforcer les liens au sein du groupe, tout en ouvrant de nouvelles possibilités de gameplay.
Il est également possible d’agrandir votre base à trois reprises grâce à la recherche. Chaque expansion vous offre davantage de place pour vos installations, et donc plus de flexibilité dans l’organisation. Une mécanique à la fois stratégique et narrative, qui reflète parfaitement l’évolution de votre situation au fil de l’aventure.
Une exploration tendue, entre gestion du temps et survie
L’exploration dans The Alters se déroule par séquences, et chaque minute compte. Le temps est une ressource aussi précieuse que les matériaux que vous récoltez, ce qui vous oblige à planifier rigoureusement vos journées. La planète regorge de minerais et minéraux exploitables, que vous pouvez collecter manuellement, au prix d’un temps précieux. En parallèle, vous trouverez des sources de ressources, où il est possible d’installer des foreuses pour une extraction automatisée. Contrairement aux gisements classiques, ces points sont inépuisables, ce qui en fait des objectifs stratégiques majeurs.
Mais attention, la mobilité n’est pas sans risque. À la fin de chaque journée, des tempêtes radioactives s’abattent sur la planète. Être encore dehors à ce moment-là peut signer votre mort. Il faut donc constamment évaluer le temps qu’il vous reste avant la tombée de la nuit, et décider si s’aventurer plus loin vaut le coup… ou non.
Pour vous accompagner dans vos expéditions, le jeu met à disposition plusieurs outils utiles. Le piolet vous permet de grimper pour atteindre des zones en hauteur, mais son utilisation consomme de l’énergie. Vous débutez chaque sortie avec six barres d’énergie, que vous pouvez recharger soit à la base, soit sur une foreuse active — à condition d’y consacrer quelques précieuses minutes. La foreuse de poche, quant à elle, permet d’ouvrir des passages, d’accéder à de nouvelles zones ou de créer des raccourcis essentiels pour rentrer à la base in extremis.
Malgré la rudesse du terrain, The Alters parvient à proposer une direction artistique sobre mais marquante. La planète arbore une palette froidement métallique, dominée par des tons de gris, de noir et de rouge, qui soulignent son hostilité. Ce contraste met d’autant plus en valeur la blancheur éclatante du Rapidium et les couleurs apaisantes de la base, qui deviennent rapidement des repères visuels aussi rassurants que nécessaires.
Une polémique sur l’usage caché d’IA générative ternit l’expérience
Depuis sa sortie le 13 juin 2025, The Alters ne s’était pas particulièrement illustré dans les médias, mais une récente polémique autour de l’usage de l’intelligence artificielle générative vient chambouler cette relative discrétion. Plusieurs joueuses et joueurs ont découvert que certains textes du jeu — aussi bien dans les dialogues que dans les traductions — portaient des marques évidentes de contenus générés par IA, sans qu’aucune mention de cette technologie n’apparaisse sur la page Steam, pourtant obligatoire depuis janvier 2024 selon la politique de Valve.
Entre prompts visibles dans les lignes de dialogue et erreurs de localisation manifestes (notamment dans la version brésilienne), les exemples sont nombreux et troublants. Le studio 11 Bit Studios, qui n’a pas encore fourni de réponse officielle, se retrouve ainsi au cœur d’une controverse éthique sur la transparence et l’utilisation de l’IA dans la création vidéoludique. Bien qu’un traducteur indépendant ait tenté de nuancer les responsabilités du studio, des signes récurrents dans plusieurs versions linguistiques du jeu laissent entendre que le recours à l’IA n’est pas un cas isolé.
Cette affaire soulève une question essentielle : peut-on encore dissocier la qualité d’un jeu de ses méthodes de production, surtout quand celles-ci ne respectent pas les normes en vigueur ?
The Alters est un jeu qui frappe fort là où on ne l’attend pas : sur le terrain de l’humanité, de l’introspection et de la complexité émotionnelle. Bien plus qu’un simple jeu de gestion ou de survie, il nous pousse à réfléchir sur nos décisions de vie, notre rapport à l’autre… et à nous-mêmes. Le système des Alters, ses dilemmes moraux, ses tensions relationnelles et son gameplay finement équilibré en font une expérience aussi prenante qu’originale. Mais cette aventure n’est pas exempte de reproches. En plus d’une courbe de difficulté exigeante et d’une interface parfois rigide, la polémique liée à l’usage caché de l’IA générative soulève des questions éthiques importantes. Le jeu reste néanmoins salué par la critique, et mérite d’être découvert — à condition d’en accepter les zones d’ombre. Au final, The Alters réussit à marquer par son propos fort, sa direction artistique singulière et ses mécaniques inédites. Une pépite imparfaite, mais profondément intrigante, qui mérite qu’on s’y attarde… et qu’on y réfléchisse.
Suivez-nous sur TikTok









