Rencontre avec Chloé : Rough Waters est un jeu qui propose différentes sexualités et différentes manières de s’aimer !

Comme de nombreux secteurs, celui du jeu vidéo se transforme et tend à devenir plus juste et inclusif. Malgré les efforts qu’il reste à fournir, certains créateurs se distinguent par l’émergence de leur projet en faveur de ces valeurs fortes. C’est le cas de Chloé qui est à l’origine de Rough Waters, un jeu vidéo mobile bien particulier : un dating simulator engagé qui vous propose d’autres types de sexualités et différentes identités. Avec une campagne Kickstarter qui se termine dans quelques jours, Chloé espère changer les mentalités et rendre hommage à une communauté encore peu représentée dans le jeu vidéo  !  

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Chloé , j’ai vingt-huit ans, je suis actuellement tatoueuse et j’ai fait mes études dans le monde du jeu vidéo. Je n’ai malheureusement pas réussi à trouver de travail dans ce domaine. C’est mon métier de tatoueuse qui m’a permis de dégager du temps sur mes horaires, quand on est son propre patron, c’est plus pratique afin de travailler sur un projet parallèle. Et le mien, c’est Rough Waters !

Parlez-nous de votre futur jeu et qu’est ce qui vous a donné envie de travailler sur ce projet ?

Rough Waters est un jeu mobile, on a vocation à le faire sur téléphone pour plus d’inclusivité et d’accessibilité. C’est un jeu inclusif dans lequel vous pouvez retrouver des personnages issus de minorités, de tout genre (il, elle, iel) avec tout style d’expression sexuelle. On voulait faire un jeu LGBTQIA+ car on trouve que cette communauté n’est pas assez représentée dans l’industrie du jeu vidéo

On a donc décidé de faire un jeu très narratif afin de bien travailler le background des personnages, qu’ils soient attachants et qu’on puisse aborder des sujets un peu touchy. C’est un dating simulator de type visual novel, c’est important de développer ce genre car la plupart manquent d’inclusivité. Ce sont souvent des relations hétéros et monogames, nous on voulait vraiment varier le nombre de relation possible, gay, polyamoureux, pansexuelle, on veut vraiment tout faire.

Rough Waters

Quel est votre rôle dans ce projet ?

Je suis à l’origine du projet donc j’ai plusieurs casquettes. Je suis directrice artistique, narrative designer, je m’occupe du scénario et du management. J’espère pouvoir trouver de nouvelles personnes afin de déléguer un peu car nous sommes une toute petite équipe. Au début, on était quatre et maintenant on est plutôt une douzaine. Certaines personnes nous ont rejoints au fur et à mesure, cela fait maintenant quatre ans que l’on travaille sur Rough Waters. 

Quel à été le travail fait par l’équipe en quatre années sur le projet ? 

On a fait un énorme travail de recherche, quand on s’intéresse à l’inclusivité il ne faut pas faire n’importe quoi et partir dans tous les sens. Il faut être précis et ne pas foncer tête baissée en croisant les doigts en se disant que ça va marcher. Il faut regarder ce qui s’est passé dans l’histoire, en sociologie, psychologie, en psychiatrie, etc. On a creusé tous ces sujets pour faire quelque chose de juste. 

Il fallait du temps pour faire les dessins, comme nous travaillons tous sur notre temps libre, certaines personnes sont venues puis sont reparties. On utilise le temps dont on peut disposer afin de faire avancer le projet. 

Rencontrez–vous des difficultés dans le développement de Rough Waters ?

Nous ne sommes pas du milieu du jeu vidéo, il n’y a que moi qui ai fait mes études dedans et un autre membre de l’équipe qui vient de cette industrie. On est tous des artistes ou des développeurs à côté, on n’a pas les connaissances en fait, on n’a pas les contacts. Nous n’avons pas les outils pour pouvoir vraiment peser. 

Pour financer Rough Waters, on a fait un Kickstarter, il nous reste deux semaines (au moment de l’interview) et on a presque la moitié des fonds requis. Ce qu’il nous manque, c’est de la visibilité, des professionnels dans la communication. Je me suis occupé de toutes ces tâches mais je n’ai pas été formé à faire du marketing, de la communication, etc. Malgré tout cela, on fait de notre mieux car on est fiers du projet et on à vraiment une communauté en or qui nous suit et nous soutient. Eux aussi croient en ce projet et ça nous fait chaud au cœur.

 Si on n’arrive pas à récolter l’entièreté des fonds nécessaires avec la campagne Kickstarter, on relancera sûrement une autre campagne. Celle-ci se fera sûrement sur Ulule pour vraiment compter sur notre place dans le jeu vidéo français. Sinon il faudrait qu’on trouve des subventions, communiquer avec la CNC (Centre national du cinéma et de l’image animé) ou bien des sociétés qui seraient prêtes à investir dans le projet. 

Rough Waters

Il y a un manque de représentation de la communauté LGBTQIA+ dans le milieu du jeu vidéo, est ce que vous savez à quoi il est dû ? Comment pourrait-on améliorer la situation ?

Le milieu du jeu vidéo est un miroir de notre société, si la société est dirigée par des hommes cis-blancs-hétéros et qu’il n’y a que ce modèle qui est valide pour une grande majorité et que l’on ne voit que ça dans les médias; les gens ne vont pas avoir l’habitude de se représenter d’autre types de relations et d’autre façon d’en créer.

C’est un petit peu le serpent qui se mord la queue, pour avoir ce genre de représentation, il faut qu’il y ait déjà des gens comme nous dans le milieu et qui puissent réussir à se faire entendre. Et je ne doute pas une seule seconde qu’il y ait une communauté LGBTQIA+ dans le milieu mais de là à avoir assez de voix afin de mettre en avant des projets qui sont centrés sur ce genre de problématiques, c’est encore une autre paire de manches, je pense. 

Vous parlez de différents types de sexualité, dans la campagne Kickstarter on entend aussi parler de “différentes manière de s’aimer”, comment vous le retranscrivez ?

Le jeu est à la première personne, le joueur ou la joueuse pourra donc choisir ses pronoms, cela rend dans un premier lieu le jeu plus immersif. Vous allez être amené à faire des choix avec les personnages que vous allez fréquenter dans le jeu qui vont influencer sur l’histoire. On a donc des personnages vraiment complexes qui vont challenger la personne qui va jouer. Il y a beaucoup de métaphores psychologiques, des sujets qui font réfléchir. 

Dans un dating simulator on ne doit pas avoir de limitation avec les personnages avec lesquels vous allez avoir des relations, on a des personnages qui vont être pansexuels et polyamoureux. C’est aussi un moyen d’ajouter un gameplay, ce principe de consentement, de partage et toutes les valeurs du polyamour dans les relations qu’on engage entre être humain. 

Pourquoi avoir opté pour un univers pirate dark fantasy ?

On a opté pour le dark fantasy car dans l’équipe, on baigne tous dans cet univers. Cela permet aussi d’ajouter des créatures un peu fun, de faire un petit peu de magie, de sortir de l’ordinaire.. 

Le monde de la piraterie nous permet une très grande liberté, on peut inventer des créatures, des malédictions, ce sont des éléments qu’on retrouve souvent dans l’univers pirate. On a aussi choisi ce lore là car c’est aussi un moyen de pousser l’inclusivité, les pirates, étaient les personnes qu’on laissait de côté dans la société. Les gens qui ne vont pas pouvoir être recrutés dans l’armée, les pauvres, les estropiés. Bref des gens qui ne répondent pas aux critères de la société. C’est une chose qui nous parle énormément. 

On va pouvoir aborder le sujet du colonialisme et d’avoir des personnages afro-descendant qui vont avoir un sacré poids dans l’histoire.  

À l’époque, il était interdit d’avoir des femmes à bord, dans l’histoire, c’est une capitaine qu’on a. C’est aussi un moyen de réécrire l’histoire à notre sauce et de faire quelque chose de plus juste.

Rough Waters

Pensez-vous aujourd’hui que le jeu vidéo arrive à devenir plus inclusif que ce soit dans les entreprises, dans les jeux vidéo ou dans la communauté ?

Je dirais que ça commence mais c’est encore trop timide. Surtout quand on parle de stream, on commence à peine à se rendre compte ou à considérer ce que les streameuses peuvent endurer avec les menaces, les stalkers et toutes les personnes qui ne sont pas correctes. C’est plus violent sur internet car les gens se permettent de faire des choses qui ne feraient pas en réel. Cela reste quelque chose de très réel dans la “vraie vie”, le fait qu’on soit mise de côté, qu’on soit méprisée, qu’on ne soit ni écoutée, ni entendue.  

Je me suis aussi heurté à ce genre d’obstacle quand j’ai voulu me lancer dans l’industrie après mes études. Je n’ai pas trouvé de gens qui me prenaient assez au sérieux pour pouvoir me donner un travail. C’est plus compliqué pour nous dans la vie. 

Il faut que les choses bougent, ça commence à bouger mais il faut qu’on rentre dedans avec une tête de bélier. C’est ce qu’on essaie de faire avec ce projet là aussi, il y a un gros sous texte féministe derrière l’histoire. Le but c’est de pouvoir avoir la place qu’on mérite. Nous ne sommes pas des ersatz d’être humain, on est là et on a le droit de parler !

Il y a-t-il des jeux qui vous ont marqué à ce sujet ?

Ouai ! Très récemment, c’est The Last of Us, c’est vraiment un de mes jeux favoris de tous les temps. D’avoir un personnage principal qui soit un enfant voir adolescente dans le second opus qui soit lesbienne et pas du tout girly et pas cliché. Il y a un peu plus de représentation dans ce jeu là, il y a un personnage trans dans le dernier opus, c’est super intéressant. 

Il y aussi The Arcana qui est pas mal niveau représentation, c’est aussi un dating simulator. Tu peux choisir tes pronoms et relationner avec tous les personnages que tu veux, ce qui favorise les relations inclusives. 

Il y a aussi les classiques symboles de la femme forte dans Horizon avec Aloy mais je ne dirais pas que c’est inclusif juste parcequ’il y a une femme, ce n’est pas suffisant. 

Pensez-vous que les personnes LGBTQIA+ puissent trouver dans le JV un espace sain/safe ? Sinon, comment pourrait-on faire évoluer les choses ? Se pourrait-il que ce soit une question de génération ?

Je ne pense pas que ce soit une question de génération, ce ne sont pas les boomers qui vont harceler les streameuses, ce ne sont pas les boomers qui vont se plaindre qu’il y a une femme dans un jeu vidéo qui a un peu trop de muscles et que selon eux ce n’est pas réaliste. 

On a besoin d’éduquer la population, tout est une question d’éducation ! On est dans une société très patriarcale, très toxique. C’est un mal qu’il faut combattre par l’information, par l’empathie, de montrer aux gens qu’on peut être différents et surtout de l’accepter. Il n’y a pas de miracle, il faut de la représentation, il faut qu’on leur mette sous le nez, c’est seulement comme ça que les choses pourront changer.

Si vous souhaitez soutenir le projet Rough Waters voici quelques liens :

Changer les mentalités et faire évoluer la pensée collective n’est pas impossible. Ces dernières années, beaucoup de choses ont évolué même si cela ne suffit pas. Apprendre, discuter, se mélanger et produire des projets comme le font Chloé et son équipe pourront faire avancer le combat. Si vous souhaitez participer au développement de Rough Waters, la campagne Kickstarter est toujours disponible et vous l’avez lu : Chloé est à la recherche de personnes qui pourraient donner de leur temps libre pour son projet. Sachez qu’une démo est déjà disponible

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