Reportage 16.10.2026

Ludosport : plongée dans le combat de sabre laser avec l’école de Paris

Le sabre laser est devenu un sport. Popularisé par Star Wars et son premier film, Un nouvel espoir, sorti en France en octobre 1977, il a donné naissance au combat sportif au sabre laser. Pour comprendre cette discipline, nous avons suivi pendant plusieurs mois Ludosport Paris, l’une des écoles spécialisées en France, de ses entraînements jusqu’aux compétitions nationales, en passant par le Salon Fantastique. Ce premier reportage de La Revue d’Geek raconte ce que l’on apprend dans ces salles : formes de combat, système de rangs, préparation des examens et règles des compétitions. Il fait aussi la part belle aux pratiquantes et pratiquants, qui expliquent comment ils sont arrivé·es là. Voici ce qu’il faut retenir de cette discipline encore méconnue, qui prend ses distances avec l’image du simple « jeu de fans ».

Un sport né en Italie en 2006

Pour Raffaella, pratiquante depuis dix ans et instructrice de forme 3 à Ludosport Paris, la définition est simple : « Ludosport, c’est du combat sportif au sabre laser, c’est une discipline sportive qui a été créée en Italie en 2006. » Il s’agit d’un sport de touches, avec des techniques pensées pour cette arme, des règles et un système de progression visible dans les uniformes.

La discipline est aujourd’hui présente dans de nombreux pays : France, Italie, Espagne, États-Unis et, plus récemment, Japon. En France, elle est arrivée en 2015. Ses pratiquant·es regrettent souvent qu’on la prenne peu au sérieux alors qu’elle a ses règles, ses mouvements, son association et ses compétitions.

Raphaëlla Teboul, notre intervenante principale sur le reportage

Trois armes, sept formes

Ludosport repose sur trois armes :

  • le sabre long, première arme que l’on prend en main et la plus utilisée par les athlètes ;
  • le bâton (saber staff), à la manière de Dark Maul, avec une poignée plus grande au centre et une lame à chaque extrémité. Il demande beaucoup de mouvement et donne de beaux effets visuels ;
  • les dagues, plus petites que le sabre de base, qui ouvrent d’autres combinaisons de mouvements.

Chaque athlète peut ensuite choisir son arme, mais les débutant·es, en forme 1, commencent obligatoirement par le sabre long.

La progression s’organise en formes. Selon Raffaella, les formes 1 à 5 sont aujourd’hui codifiées, tandis que les suivantes (forme 6 et 7) sont en cours d’apprentissage ou de codification par les instructeur·rices :

  • Forme 1 : la forme stable, où l’on apprend les bases, certains axes et déplacements. Elle reste puissante, d’où l’intérêt d’y revenir ;
  • Forme 2 : plus explosive, à une main, très serpentine, qui évoque un peu l’escrime traditionnelle ;
  • Forme 3 : fondée sur le mouvement continu et la stratégie, avec l’idée d’attirer l’adversaire dans un piège ;
  • Forme 4 : associée aux acrobaties, sauts et roulades, spectaculaire et imprévisible ;
  • Forme 5 : axée sur le contrôle et la précision, avec des mouvements intimidants.

Les formes 1 et 2 se pratiquent exclusivement au sabre. À partir de la forme 3, on parle de formes avancées, qui peuvent aussi se jouer au bâton ou aux dagues.

Des rangs et des couleurs

À l’image des ceintures dans certains arts martiaux, Ludosport compte cinq rangs : Novicio, Initiato, Academico, Cavaliere et Maestro Di Scuola. La différence se voit dans la tenue : pantalon et tunique pour tout le monde, mais de couleur différente selon le rang. Le ou la novice porte un t-shirt noir, l’initié·e une tunique taupe. À partir du rang académique, on choisit la couleur de sa tunique, et aussi celle de son sabre, bleu par défaut jusque-là.

À quoi ressemble un entraînement ?

La séance débute par un échauffement de 10 à 15 minutes, pour préparer le corps à manier le sabre et à se déplacer. Viennent ensuite des séquences de techniques : on forme des duos et on apprend de nouveaux gestes en décomposant le mouvement, sous l’œil des instructeur·rices. Pour l’entraînement au bâton, c’est Barthélémy Caron, multiple champion de France, qui encadre le groupe.

Les vingt dernières minutes sont consacrées au combat, pour mettre en pratique les techniques du jour.

Comment découvre-t-on le sabre laser ?

Les parcours sont variés. L’un des pratiquants a d’abord tourné autour du stand à la Japan Expo pendant quelques années avant de tenter une initiation, puis de s’inscrire l’année suivante. Géraldine raconte que son mari et elle ont toujours été passionné·es de sabre laser. Après quelques recherches, elle a choisi Ludosport, qu’elle trouvait « le plus stylé ». Elle apprécie aussi le rapport à la sécurité : « On est pas protégé en fait à Ludosport parce que on doit faire attention les uns aux autres. »

Un autre a découvert la discipline en cherchant à s’acheter un sabre, après avoir pratiqué dans une autre association. Il y voyait un vrai sport de combat plutôt qu’une réunion de fans de Star Wars qui se tapent dessus. Pour un dernier, c’est l’ami d’un ami qui a mentionné une académie de sabre laser proposant une journée d’essai.

Ce qui est le plus difficile

Les pratiquant·es citent presque tous·tes les pieds et les déplacements : la conscience du corps dans l’espace, la position des pieds, l’angle, et la répétition des gestes pour les avoir « dans le corps ». Géraldine ajoute la théorie, qui comprend de nombreux mots en italien et fait l’objet d’un petit examen. Un autre pratiquant évoque la distance avec l’adversaire : il s’agit de son premier sport de combat, et il se tient encore trop loin.

Examens et formation des instructeur·rices

Lors des examens, les élèves répondent à des questions théoriques, réalisent des démonstrations de techniques et participent à des combats, pour montrer qu’ils et elles ont compris l’essence de la forme et de l’arme.

Pour devenir instructeur·rice, il faut suivre un cours d’instructeur. Il peut se faire lors d’un événement annuel organisé en Italie en été, ou lors de sessions intensives d’environ dix jours, de 8 h à 18 h, animées par des formateur·rices habilité·es. Un examen final vérifie la maîtrise de la forme, les capacités pédagogiques et la capacité à la représenter physiquement.

Aller à la rencontre du public

Ludosport est présent sur environ cinq grands événements dans l’année. Nous les avons suivis au Parc Floral de Paris, lors du Salon Fantastique et de Japan Party, où l’école avait installé son arène. Pour Rémi, athlète depuis 2018, l’enjeu est la visibilité : « Ça permet aussi de montrer que ça existe, que ça existe en mode combat. »

Sur place, les passionné·es de Star Wars s’arrêtent volontiers pour poser des questions sur les sabres. L’association propose des initiations de 20 minutes sur les stands, ou des cours d’essai plus longs, ainsi qu’une initiation d’une heure et demie. Elle a recruté de nouveaux membres grâce à ces créneaux.

Nicolas, passionné de science-fiction qui découvrait la discipline, venait de la pratique d’un autre sport d’escrime. Il parle d’un « changement complet » : la touche y est quasiment une « mort subite ». Il a trouvé l’initiation « très ludique » et pédagogique.

Les compétitions nationales

Après le salon, nous avons suivi l’école aux compétitions nationales, au complexe sportif Laura Flessel. La préparation est collective : les athlètes installent les tables d’arbitrage, tracent les arènes, accrochent banderoles et kakemonos. Puis vient l’enregistrement : poignées pesées et mesurées, lames inspectées. Après étirements et échauffement, les règles sont présentées.

Le système de cartons

  • Blanc : sanctionne une erreur involontaire, comme une maladresse. L’assaut continue et aucun point n’est attribué. Trois cartons blancs dans un même match donnent un carton jaune ;
  • Jaune : symbolise la négligence, un manque de soin dans les techniques ou de respect. L’assaut prend fin et l’adversaire reçoit un point d’arène ;
  • Rouge : signale la malveillance, avec un mépris évident des conséquences. L’assaut prend fin, le score de la personne fautive retombe à zéro et l’adversaire remporte le duel avec un point d’arène supplémentaire ;
  • Noir : le pire, qui signale une faute très grave et entraîne l’exclusion de la compétition.

Le déroulement d’un tournoi

  • Phase de poules : combats de 1 min 30 maximum, en trois assauts. Une touche simultanée annule l’assaut, ce qui permet de finir à 0-0 ;
  • Phase éliminatoire : trois minutes, généralement au premier à quatre touches ;
  • Finale : mêmes règles, mais sans limite de temps.

Ludosport est un sport d’auto-déclaration : si vous êtes touché·e, vous devez le signaler à voix haute, avec un mot différent selon que la touche vise les mains ou la garde du sabre, ou une partie vitale du corps. Plusieurs arbitres, habillé·es en bleu, entourent l’arène pour aider les athlètes, notamment à repérer les touches difficiles à voir, comme celles portées au-dessus de la tête.

Des juges de style notent par ailleurs la propreté technique, la construction du combat, les mouvements et la prise de risques. Ces notes donnent lieu à un classement de style, distinct du classement classique : on peut ainsi ne pas atteindre la finale et monter sur un podium de style.

Une finale pour Barthélémy Caron

Malgré les fortes chaleurs, la compétition s’est bien déroulée. Raffaella a été éliminée à quelques combats de la finale. Barthélémy Caron a conservé son titre de champion de France.

Retrouvez notre reportage complet en vidéo sur notre chaine YouTube

Entre initiation, théorie, combats et arbitrage, Ludosport s’affirme comme une discipline à part entière, ancrée dans la culture geek mais fondée sur une vraie pratique sportive. Pour les curieux·ses, la meilleure façon de se faire un avis reste d’essayer : l’association propose des initiations et des cours d’essai tout au long de l’année, et on la retrouvera sur plusieurs salons.

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