Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance d’assister à la projection presse de Valensole 1965, un long-métrage fascinant qui retrace l’histoire vraie de Maurice Masse, un agriculteur ayant affirmé avoir vu un OVNI atterrir dans son champ. Cette affaire, survenue en 1965, avait à l’époque déchaîné les passions et alimenté de nombreux articles dans la presse nationale. J’ai été profondément touché par ce film singulier, entre drame humain et mystère cosmique, qui sort en salles ce mercredi 9 juillet. À cette occasion, j’ai rencontré son réalisateur, Dominique Filhol. Diplômé de l’ESRA, ce jeune cinéaste passionné m’a parlé de son parcours, de son goût pour l’inexpliqué, et bien sûr, de l’incroyable aventure de Valensole 1965.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours avant votre premier long-métrage ? Comment en êtes-vous venu à faire du cinéma ?
J’ai fait une école de cinéma à Paris et un an à New York. Ça a duré 4 ans. Il faut préciser que ce n’est pas parce que tu fais une école de cinéma que tu as la garantie de faire des films un jour. Il y a des gens qui n’ont pas fait d’école de cinéma et qui font des films. Moi, c’était quelque chose dont j’étais sûr que j’avais envie de faire. J’ai choisi une école qui était particulièrement technique car j’avais tout de suite envie de tourner des films. Je ne voulais pas être dans la théorie mais plus dans la pratique.
Après, entre le moment où je suis sorti de l’école et aujourd’hui où je sors mon premier film, il s’est passé 18 ans. Avant, j’ai fait des documentaires, des courts-métrages, dont un qui s’appelle The Nine Billion Names of God, qui est adapté d’une nouvelle d’Arthur C. Clarke. On a eu la chance de faire un peu le tour du monde avec ; il a été sélectionné dans plein de festivals à travers le monde car on l’a tourné en anglais.
Vous avez souvent travaillé sur des documentaires. Qu’est-ce qui vous a donné envie, cette fois-ci, de réaliser un film de fiction ?
Cela faisait très longtemps que j’avais envie de faire une fiction. Pas forcément sur Valensole, il y avait l’envie de faire un film pour le cinéma depuis un moment. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait une école de cinéma, plus que pour faire des documentaires, même si j’adore faire des documentaires. Ces derniers ont été une très belle manière de commencer et de continuer de m’intéresser à des sujets qui nourrissent ma créativité. Puis de rencontrer des gens extraordinaires !
Faire une fiction, c’est quelque chose que j’ai toujours souhaité faire depuis longtemps. Je pense que c’était la meilleure manière de retransmettre les émotions de Maurice Masse. J’aimais vraiment l’idée de faire un film sur une histoire vraie extraordinaire. Je crois, à ma connaissance, que dans le cinéma français, cela n’a jamais été fait. Je suis heureux d’apporter cette originalité au cinéma, à savoir une histoire vraie extraordinaire. Dans le cinéma français, on fait des histoires vraies, mais en général ce sont souvent des histoires horribles, de meurtres, de faits divers.
Dans toutes vos productions, on retrouve cette fascination pour les mystères de notre monde et de l’univers. D’où vous vient cette passion ? Il y a eu un déclic, un événement marquant ?
J’aime profondément le mystère, car je pense que c’est la source de toute création. C’est ce qui, moi, me permet encore de rêver. J’aime l’idée que tout ne soit pas encore expliqué, alors qu’on vit justement dans une société qui veut tout expliquer. Ce qui est très bien ! C’est la science, et cela fait avancer les choses. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que la science se retrouve à chaque fois face à de nouvelles énigmes. On le voit très bien en astronomie, par exemple : aujourd’hui, on repose même la question de la théorie du Big Bang. On est en train de se redemander si vraiment l’univers a été créé comme ça ?
Plus on avance, plus on découvre des mystères. Ça fait partie à la fois de la création, de l’art en général, mais aussi de la science. Ce qui est inexpliqué aujourd’hui sera sûrement expliqué demain. Cela n’empêchera pas qu’il y ait de nouveaux mystères et de nouveaux sujets inexpliqués. C’est ça que je trouve absolument magique, d’une certaine manière !
J’aime transmettre cette énergie du mystère dans mes films, c’est quelque chose de très particulier. Le mystère t’amène à la réflexion et à l’imagination. Il y a justement une phrase très belle d’Einstein qui parle du mystère :
« The most beautiful thing we can experience is the mysterious.
It is the source of all true art and science.«
La plus belle chose que l’on peut expérimenter, c’est le mystère. Il est la source de tout véritable art et de la science. C’est une phrase qui me parle énormément !
Pourquoi avoir choisi l’affaire de Valensole comme sujet principal de votre nouveau film ? Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué dans ce cas ?
C’est justement ce côté “histoire vraie extraordinaire”, le sujet des OVNIS me passionne particulièrement. J’aime aussi la science-fiction, mais là on n’est pas dans de la SF, on est dans un drame. Moi, je me suis vraiment basé sur les témoignages qu’on a pu me donner. J’ai rencontré la famille de Maurice Masse, on a récupéré toute la presse de l’époque pour voir comment les médias avaient traité le sujet.
Notamment une scène du film qui est vraiment tirée de la réalité. J’encourage les personnes à rester jusqu’à la fin du déroulant pour découvrir cette archive d’époque. Il s’agit de la seule interview sur l’affaire de Valensole, qui n’est pas celle de Maurice, mais celle du patron du café qui était son meilleur ami.
Comment s’est déroulé votre travail de recherche autour de l’affaire de Valensole ? Avez-vous été sur place, et comment cette immersion a-t-elle nourri votre approche du film ?
C’était assez passionnant, c’était un peu comme une enquête policière. J’avais un peu l’impression d’être un détective privé de l’affaire de Valensole. C’est génial, car tu plonges vraiment au cœur d’une histoire vraie, et rencontrer les gens qui ont été directement touchés par cette affaire, ça la rend vraiment palpable. C’est à partir de ce moment-là où je me suis dit : ça vaut vraiment le coup d’en faire un film. C’est à cet instant que j’ai vraiment ressenti l’émotion des gens qui avaient été touchés par cette histoire. Que ce soit des simples villageois ou des personnes proches de Maurice Masse. C’était important pour moi de ressentir les émotions des personnes qui ont vécu cette histoire de près.
Ensuite, on a rassemblé toute la presse de l’époque, que certains ufologues collectionnaient, comme mon ami Egon Kragel, qui a pratiquement récupéré toutes les archives d’époque et me les a gentiment transmises. J’ai aussi passé pas mal de temps à Valensole, on a écrit en partie là-bas. Avant le tournage, j’y suis allé au mois de mars (j’ai fait quelques allers-retours à Paris entre-temps) jusqu’en juin pour commencer le tournage. J’avais besoin de passer du temps là-bas, de vivre au rythme de la Provence pour m’imprégner. J’adorais aller au café sur la place de Valensole, ça n’a pas tant changé que ça dans l’esprit par rapport aux années 60. Bien évidemment, la ville s’est modernisée, comme les façades des commerces, mais mis à part ça, cette ambiance de petit village de Provence, elle est toujours là. C’est assez extraordinaire !
Y a-t-il toujours autant d’engouement autour de l’affaire de Valensole ?
Ha oui ! Avant même qu’on en fasse un film, c’est un sujet qui intéressait énormément de gens. Chaque année, il y a des personnes qui viennent pour l’anniversaire du premier juillet. Premièrement, c’est un endroit magnifique, ce sont les plus grands plateaux de lavande d’Europe.
L’office du tourisme m’a expliqué que ça drainait plus d’attrait que la fête de la lavande, qui est un énorme événement touristique à Valensole. Pour les 60 ans, ils ont d’ailleurs érigé une stèle pour commémorer l’endroit où les événements se sont passés.
Les décors d’époque sont impressionnants. Est-ce que c’est compliqué à reconstituer avec autant de précision ? Comment vous y prenez-vous pour recréer ces ambiances dans les moindres détails ?
C’est un vrai travail d’équipe ! J’ai une équipe incroyable, j’ai eu la chance de travailler avec une cheffe décoratrice qui s’appelle Alexia Rosanis, qui est une amie avec qui je travaille depuis longtemps. Ils travaillent en famille, avec ses deux cousins, ils ont fait un travail extraordinaire au niveau de la décoration.
Pour les costumes, c’était Marie Crédou, qui a plusieurs longs-métrages à son actif et qui est elle aussi incroyable. Ensemble, nous avons fait un travail d’enquête en trouvant des photos de l’époque, en regardant comment les gens étaient habillés. On a imaginé certaines choses nous-mêmes aussi, mais il suffisait de trouver des véhicules des années 60 en bon état !
C’était compliqué de trouver tout ça ?
C’était compliqué oui et non. Il y a des moments où on a eu de la chance ! Un jour, j’étais justement dans une petite ville à côté de Valensole. Je suis descendu de chez moi et je suis tombé sur un marché installé sur le parking. Il y avait un stand avec de vieilles motos de la gendarmerie, datant des années 60, et des gendarmes en costumes d’époque.. C’était assez marrant de voir ça, alors qu’à côté il y avait un vendeur de pots de miel. J’ai donc discuté avec eux, ils étaient partants pour venir sur le film. J’ai trouvé une partie du matériel comme ça, tu vois.
On a aussi travaillé avec des collectionneurs privés, qui étaient heureux de venir avec leurs véhicules pour participer à un film. J’ai aussi découvert un monde que je ne connaissais pas vraiment, autour de la gendarmerie. Il existe des musées privés d’accessoires, de costumes, de voitures de gendarmerie, qui ont traversé les époques.
La seule difficulté, ça a été pour la place du café de Valensole. J’aurais adoré, mais on ne pouvait pas tourner à Valensole, c’est devenu assez moderne, il y a du plastique partout. On n’avait pas le budget pour fermer les commerces, payer le chiffre d’affaires et refaire toute la rue de Valensole. Il fallait donc trouver un petit village dans son jus, où il y avait très peu de travail de décoration à faire. C’est une amie qui m’a parlé de Montbrun-les-Bains, c’était vraiment une bonne idée car tout était dans son jus. Le gros problème, c’était de faire attention à ce qu’il n’y ait pas d’éléments modernes partout où on tournait.
Le travail sonore dans le film est particulièrement soigné. Comment avez-vous abordé cette dimension sonore et musicale pour recréer l’ambiance de la Provence tout en y ajoutant une touche de mystère ?
C’est une chose qui me tenait vraiment à cœur, et c’est une nouvelle fois un travail d’équipe. On a travaillé avec des bruiteurs au studio Madeleine pendant une semaine. Ils ont refait des sons que l’on n’avait pas, etc. Il y a tout un travail de sound design qui a été fait, et de composition musicale. Il y a à la fois l’univers sonore et la musique, les deux doivent se fondre pour créer un univers.
C’était important pour moi de travailler avec des artistes qui ont réussi à recréer cette ambiance de la Provence. Mais aussi, de mettre le mystère en son, c’est assez particulier, et je trouve que ça a été très bien réussi.
Mathias Van Khache et Vahina Giocante forment un duo très convaincant à l’écran. Est-ce que ce casting était une évidence dès le départ, ou ça a été une révélation pendant les auditions ?
Pour Vahina, je l’ai eue très vite en tête. Je suis très honoré qu’elle ait accepté de faire le film, car cela faisait cinq ans qu’elle n’avait pas fait de film. Elle avait décidé de faire une pause. Quand je lui ai parlé de l’histoire, elle a été tout de suite intéressée. Elle avait déjà cette personnalité naturelle pour le personnage de Jeannette, qui est à la fois une femme douce, protectrice, louve, un peu sauvage.
Vahina a vraiment participé au fait de rendre moderne cette femme des années 60. Pour Édouard Blanchot, mon scénariste, et moi, c’était important de moderniser son personnage, une Jeannette des années 2000, tout en restant fidèle à une femme des années 60. C’était un jeu d’équilibriste. On a eu de nombreuses discussions avec Vahina, elle nous a apporté beaucoup d’idées. C’était vraiment génial, j’ai eu beaucoup de chance de travailler avec Vahina.
Pour Mathias, que je trouve être un excellent acteur, il a vraiment réussi à s’approprier le personnage de Maurice de façon extraordinaire. Il a passé beaucoup de temps à Valensole, il a rencontré la famille de Monsieur Masse. Il a fait un vrai travail d’immersion sur place. C’était important pour moi qu’il rencontre la famille de Maurice Masse, pour qu’il comprenne l’impact que ça avait eu sur leur famille.
C’était assez drôle d’ailleurs, car la famille et les gens qui avaient connu Maurice lui trouvaient quelque chose de ressemblant, notamment dans le sourire. J’étais vraiment très content d’entendre ça. Pendant un bon moment, je n’arrivais pas à trouver mon Maurice, et c’est Vahina qui m’a parlé de Mathias. En voyant les photos, j’ai voulu le rencontrer, et durant le casting, c’était assez évident que c’était lui !
La famille de Maurice Masse a-t-elle vu le film ? Quelle a été leur réaction en découvrant cette adaptation de leur histoire ?
Oui, la famille a vu le film ! Pour Marie-Claude, la fille de Maurice, c’était un peu compliqué de savoir qu’on allait faire un film sur son père. Toute leur vie, ils ont été harcelés par les journalistes, ils avaient juste envie de vivre tranquillement. Alors là, faire un film de cinéma sur cette histoire, elle avait un peu l’impression de trahir la mémoire de son père.
D’un autre côté, elle ne voulait pas non plus empêcher un jeune réalisateur de faire un film, d’après ce qu’on m’a raconté. Ce qui est assez rigolo, c’est qu’avant la projection à Valensole, elle disait qu’elle ne voulait pas parler aux journalistes. Finalement, elle a été très touchée par le film. Elle trouvait qu’on avait finalement réhabilité Maurice, qui a bien souvent été traîné dans la boue avec cette histoire.
Elle a dit quelque chose de très beau : « la boucle est bouclée ». In fine, elle s’est prêtée au jeu des journalistes, alors qu’une semaine avant, elle ne voulait pas.
Il y a une photo que j’adore : c’est Sasha Gravat Harsch, qui incarne Marie-Claude, et la vraie Marie-Claude, qui se regardent dans les yeux. J’ai trouvé ça incroyable et très touchant !

Avec Valensole 1965, Dominique Filhol signe un premier long-métrage aussi audacieux que délicat, mêlant fidélité aux faits, sens du détail et fascination pour l’inexpliqué. En revisitant cette affaire qui continue de faire parler d’elle près de 60 ans plus tard, le réalisateur rend hommage à la mémoire de Maurice Masse, tout en invitant les spectateurs et spectatrices à s’interroger sur les mystères qui entourent notre monde. Un grand merci à Dominique Filhol pour son accueil chaleureux et pour cet échange aussi riche qu’inspirant. Valensole 1965 sort en salles ce mercredi 9 juillet — un film à ne pas manquer pour toutes celles et ceux qui aiment les histoires vraies, les phénomènes inexpliqués, et le cinéma profondément humain.
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