En 1999 sortait L’Amerzone – Le Testament de l’Explorateur, premier jeu du regretté Benoît Sokal. Une œuvre fondatrice qui a marqué une génération, suivie par ses créations les plus célèbres : la saga Syberia. Vingt-six ans plus tard, ce premier titre revient, en accord avec sa famille, dans un remake signé Microids. Un retour qui aurait mérité un peu plus de travail : beaucoup de bugs et un sound design perfectible, heureusement compensés par une histoire captivante, une mise à jour graphique réussie et une exploration soignée. Enfilez vos tenues d’explorateur, direction l’Amerzone !
Réparer les erreurs d’un vieil homme
Vous incarnez une jeune journaliste à qui l’on confie une mission cruciale : traverser le monde pour atteindre le cœur d’un pays lointain et mystérieux. Votre premier voyage vous emmène au fin fond de la Bretagne, à la rencontre d’Alexandre Valembois.
Né le 28 juin 1904 à Paris, ce naturaliste passionné fut marqué par une expédition en Amerzone entre 1932 et 1934, un pays qui le fascinait depuis toujours. Lors de ce voyage, il découvre les légendaires Oiseaux Blancs et ramène en Europe l’un de leurs œufs, convaincu de l’importance scientifique de sa trouvaille. Mais sa découverte est accueillie avec scepticisme, et il est rapidement rejeté par la communauté scientifique. Brisé mais déterminé, Valembois poursuit malgré tout une carrière d’enseignant en histoire naturelle après la Seconde Guerre mondiale.
Lors de votre rencontre en 1998, il vous confie une ultime mission : rapporter l’œuf des Oiseaux Blancs en Amerzone, afin de réparer une injustice et rendre leur héritage à ce territoire oublié. Selon la légende, ces créatures sont intimement liées au destin du seul pays qu’elles habitent : une terre marquée par une faune et une flore étranges, ravagée par des années de dictature sanglante. Peu après, il meurt, vous laissant le soin d’accomplir cette quête de rédemption.
L’Amerzone – Le Testament de l’Explorateur sollicite votre curiosité et votre sens de l’observation. Résolvez des énigmes, trouvez des indices, et laissez-vous emporter par l’esprit d’aventure, la beauté des paysages et la richesse du récit. Durant votre périple, vous devrez maîtriser l’hydroglisseur, une invention capable de naviguer sur l’eau comme dans les airs. Il sera votre allié principal pour surmonter les nombreux dangers qui vous séparent du cœur de l’Amerzone…
Un point’n’click reposant mais lent
L’Amerzone est un jeu calme, reposant, qui vous plonge dans une aventure fascinante, rythmée par des énigmes multiples. L’exploration est agréable, enrichie par les mystères de l’histoire principale et des énigmes secondaires qui viennent étoffer votre enquête.
Il y a beaucoup à découvrir : photos, notes, objets divers. Les énigmes ne sont pas excessivement complexes, demandant surtout de l’observation plus que de véritables efforts de réflexion. Cela ne veut pas dire que vous ne serez jamais bloqué.
Le jeu propose deux modes de difficulté :
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« Aventurier » : pour les explorateurs expérimentés, avec des énigmes plus corsées.
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« Voyageur » : une expérience plus accessible, idéale pour les débutants.
Le point négatif, c’est que le gameplay est très lent. Certes, on reste dans les codes du point’n’click, mais certains déplacements ou observations durent de longues minutes. Il est possible de passer certains passages, mais cela casse la fluidité. Des mouvements et une caméra un peu plus rapides auraient été bienvenus.
Visuellement, un sacré remake !
Côté visuel, Microids a fait un excellent travail. Le jeu est très beau, et on redécouvre avec émerveillement les différents paysages qui composent les sept chapitres de l’aventure.
La différence entre 1999 et aujourd’hui est frappante : décors plus riches, effets de lumière immersifs, plages paradisiaques, marécages inquiétants, ou encore jungles luxuriantes.
Cette refonte graphique est clairement une réussite, mais tout n’est pas parfait…
Un titre mal optimisé et beaucoup de bugs
Le point faible du jeu reste son manque d’optimisation. Certaines cinématiques saccadent, on note plusieurs baisses de framerate à différents moments. Parfois, les déplacements s’interrompent sans raison apparente (probablement à cause de chargements invisibles), vous laissant figé plus de 30 secondes, alors que la faune et la flore autour de vous continuent de bouger normalement.
Côté bugs, on est bien servi : regards qui se détournent sans raison, objets impossibles à utiliser, etc. Et surtout, le sound design, pourtant très bon dans les bruitages, n’est pas du tout synchronisé. La synchronisation labiale est absente, les sons d’objets ou de déplacements arrivent trop tôt ou trop tard. Ce problème ne touche pas l’exploration, mais bien les cinématiques, et cela détruit l’immersion.
Une bande-son magnifique
Un point à saluer très fort : la bande-son, signée Inon Zur et son fils Ori.
Connu pour son travail sur Syberia, Inon Zur retrouve ici l’univers de Benoît Sokal avec une émotion particulière :
« J’ai collaboré avec Benoît durant de nombreuses années, je l’aimais profondément, en tant qu’homme et en tant qu’artiste. »
Pour ce remake, il a composé les thèmes principaux, tandis qu’Ori, fraîchement diplômé, a créé les autres morceaux du jeu, apportant sa propre sensibilité. Ensemble, ils livrent une musique intimiste et émotive, reflet d’un monde magique et dévasté. Inon a volontairement laissé son fils libre de s’exprimer artistiquement, convaincu qu’il avait « quelque chose d’unique » à apporter.
Le résultat est sublime : la musique raconte à elle seule une histoire.
Une immersion gâchée par les cinématiques, de nombreux bugs et un gameplay un peu lent, voilà ce qui ternit L’Amerzone – Le Testament de l’Explorateur. Pourtant, le jeu reste agréable à parcourir : explorer, résoudre les énigmes, et écrire ses propres articles de terrain est particulièrement satisfaisant. Ajoutez à cela de nombreuses références sympathiques (dans les succès notamment : Le Seigneur des Anneaux, Titanic, Indiana Jones), et vous obtenez un remake honnête, qui malgré ses défauts, offre aux nouvelles générations une belle porte d’entrée dans l’univers de Benoît Sokal, un grand homme du jeu vidéo narratif.
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