Cela faisait cinq ans que nous n’avions pas eu droit à un nouveau jeu estampillé DOOM. Après la sortie de Oblivion Remastered le mois dernier, Bethesda revient en force avec une charge aussi sanglante qu’attendue : DOOM: The Dark Ages. Un titre qui s’inscrit fièrement dans la lignée de ses prédécesseurs : intense, rapide et furieux ! Au programme : des graphismes de haute volée, une bande-son taillée pour les fans de metal et un scénario plutôt classique mais efficace. Avec The Dark Ages, id Software signe un retour tonitruant, aussi brutal que son gameplay… et que son prix.
Une saga née dans le sang et le pixel : l’héritage de DOOM
Née en 1993, la saga DOOM est l’une des pierres angulaires du jeu vidéo moderne, ayant posé les fondations du genre du first-person shooter (FPS) tel que nous le connaissons aujourd’hui. Développé par id Software, le tout premier DOOM a marqué les esprits par son rythme effréné, sa violence stylisée et son univers infernal inspiré autant par la science-fiction que par l’horreur gothique.
Techniquement révolutionnaire pour son époque, le jeu a popularisé le jeu en réseau en local (LAN), les mods communautaires et une approche viscérale du gameplay qui influence encore aujourd’hui des générations de développeur·euse·s. De ses débuts en pixel art jusqu’à ses réinventions modernes avec DOOM (2016) et DOOM Eternal, la franchise n’a cessé d’évoluer tout en restant fidèle à son ADN : un combat brutal, sans concession, contre les hordes de l’enfer.
Avec DOOM: The Dark Ages, la saga s’apprête à écrire un nouveau chapitre, cette fois en plongeant dans les origines médiévales de son univers démoniaque.
Le Slayer à l’ère médiévale
Dans DOOM: The Dark Ages, le DOOM Slayer remonte aux origines de sa légende, bien avant les événements de DOOM (2016) et DOOM Eternal. Cette préquelle plonge les joueur·euse·s dans un univers médiéval-fantastique, où les forces infernales déchaînent leur violence sur un monde ravagé, à mille lieues des bases futuristes ou des planètes lointaines des précédents opus.
Le Slayer y est présenté comme un chevalier solitaire, ultime rempart contre les légions démoniaques, maniant des armes lourdes d’un autre âge, des artefacts anciens et une rage intacte. L’ambiance y est plus sombre, plus gothique, avec une esthétique inspirée à la fois de l’heroic fantasy et de l’horreur démoniaque, tout en conservant l’ADN ultra-violent et rythmique qui fait la renommée de la franchise.
Parmi les nouveautés spectaculaires de DOOM: The Dark Ages, on retrouve Serrat, un dragon mécha redoutable qui accompagne le Slayer dans certaines des séquences les plus épiques du jeu. Ancien prédateur sauvage, Serrat refuse de se soumettre à l’Ordre d’Aerum, mais accepte néanmoins de former un lien ténu avec le Slayer, qu’il reconnaît comme un semblable. Gravement blessé lors de la bataille des Bûchers noirs face aux hordes de l’Enfer, Serrat est sauvé in extremis par l’intervention du Slayer, un acte qui révèle une rare parcelle d’humanité chez la créature.
Sous les ordres de la commandante Thira, les Sentinelles le transforment ensuite grâce à une ingénierie avancée, mêlant sa puissance brute à une technologie de précision. Résultat : une monture hybride de chair et d’acier, capable de voler, de cracher le feu et de semer la mort dans les rangs démoniaques. Serrat devient ainsi la monture ultime du Slayer, un prédateur alpha mécanique à l’image de son cavalier : féroce, indomptable et forgé pour la guerre.
On prend également les commandes d’un mécha colossal pour affronter des boss titanesques dans des affrontements épiques. Ces nouvelles mécaniques enrichissent le gameplay sans jamais ralentir son intensité.
À travers cette aventure brutale, le jeu explore la genèse du Slayer, sa haine viscérale de l’Enfer, et la manière dont il est devenu cette figure de cauchemar pour les démons eux-mêmes. DOOM: The Dark Ages n’est pas qu’un retour aux sources : c’est une relecture médiévale et apocalyptique de la mythologie DOOM, qui promet de laisser une empreinte durable sur la série.
Thira, Novik et Ahzrak : figures mythiques d’un conflit apocalyptique
Dans DOOM: The Dark Ages, id Software met en scène un nouveau panthéon de personnages puissants, chacun incarnant une facette essentielle de l’univers. Si le DOOM Slayer reste le cœur battant de la saga, ces figures secondaires viennent enrichir la narration, donnant au récit une profondeur épique et presque tragique.
La commandante Thira, fille du roi Novik, est l’une des premières grandes figures à se distinguer. Héritière du trône des Sentinelles, elle incarne une autorité charismatique et combative, formée dès l’enfance au commandement et aux arts mystiques. Son character design impose immédiatement le respect : une armure ajustée aux lignes fines et élégantes, rehaussée d’un manteau aux allures royales, évoque à la fois sa noblesse et sa puissance martiale. Son port altier et son regard déterminé suggèrent une dirigeante stratège, à la croisée de la tradition et de la modernité guerrière.
À ses côtés, le roi Novik, patriarche austère des Sentinelles, règne depuis plus de 40 ans. Autrefois réputé pour sa bravoure, il arbore désormais une allure solennelle et intimidante, renforcée par une armure massive aux épaulettes crénelées, un sceptre d’apparat et un casque orné de cornes menaçantes. L’illustration dans le Codex renforce cette image d’un roi-guerrier usé par les pertes et les responsabilités, mais toujours debout face à l’Enfer. Il représente l’ordre ancien, figé mais encore nécessaire dans cette guerre sans fin.
Du côté des ténèbres, Ahzrak se démarque comme un antagoniste redoutable. Né dans les fosses infernales, ce prince démoniaque se distingue non pas par la force brute, mais par son intelligence et sa connaissance des arts noirs. Son apparence est glaçante : il porte une robe longue et rigide, des motifs occultes gravés sur sa poitrine et ses armes, et un visage à l’expression froide, presque humaine. Ses cornes recourbées et son arme tordue, mêlant faux et sceptre, renforcent son aura de manipulateur nécromancien. Ahzrak n’est pas seul : il forme une alliance impie avec une Sorcière venue d’au-delà des étoiles, introduisant ainsi une nouvelle menace cosmique aux côtés des forces infernales.
Chaque personnage affiche un design soigné et symbolique, mêlant des influences médiévales, gothiques et techno-fantastiques, fidèle à l’esthétique unique de DOOM. Leur intégration à l’histoire renforce le sentiment que The Dark Ages ne se contente pas d’être un simple spin-off, mais bien un chapitre fondateur dans la mythologie du Slayer, à la fois brutal, tragique et majestueux.
Un arsenal médiévalement démoniaque
Le Slayer n’a rien perdu de sa brutalité légendaire — bien au contraire. Son arsenal se renouvelle en adoptant une esthétique médiévale mêlée de technologies occultes et arcanotechniques, pour un résultat à la fois terrifiant et fascinant. Chaque arme semble être un artefact ancien, forgé dans le seul but de tailler les démons en pièces.
On retrouve d’abord le Shotgun du Slayer, une relique modifiée par les Sentinelles nocturnes. Forgée à partir des braises de l’armement primitif terrien puis augmentée grâce à la technologie d’Argent D’Nur, elle symbolise la fusion du monde natal du Slayer et de son nouveau destin de guerrier mythique. Sa crosse robuste, son canon gravé de runes et ses finitions métalliques brûlées évoquent un instrument de rébellion sanctifié par le sang.
Autre pièce maîtresse : le Gantelet de puissance, une arme de poing directement greffée à l’armure du Slayer. Ce gant amplifie les coups grâce à l’énergie sentinelle, déclenchant des arcs électriques à chaque impact. Massif, brut et chargé de détails techniques, il illustre parfaitement l’équilibre entre la force primitive du Slayer et les reliques technologiques des Maykrs.
Parmi les armes lourdes, le Déchiqueteur se distingue comme une mitrailleuse de précision d’une rare élégance. Sa cadence rapide et son tambour rotatif évoquent une machine de guerre chirurgicale, capable de faire pleuvoir un torrent de projectiles tranchants à une vitesse infernale. Il est visuellement complexe, avec des mécanismes apparents et un cœur cristallin issu du mont Kaldrath, renforçant sa dimension ésotérique.
Plus brutale encore, la Bouclier-tronçonneuse du Slayer fusionne défense et carnage. Créée à partir de fer d’Oblivion, elle projette ses lames en rotation contre les ennemis, lacérant la chair et les os avec une précision inhumaine. Son apparence circulaire hérissée de lames acérées évoque une scie sacrificielle tirée d’un rituel impie.
Le Slayer manie aussi l’Accélérateur, une arme de pointe à noyau hybride électro-thermique. Cette fusion de technologies des Maykrs et des Sentinelles projette des munitions plasmatiques extrêmement rapides, capables de transpercer toutes les armures ennemies. L’arme arbore un design sophistiqué avec un noyau bleu incandescent, conférant un aspect quasi divin à cet instrument de destruction.
Autres joyaux de l’arsenal : le Concasseur, arme mythique au design cauchemardesque, alimentée — selon les rumeurs — par les âmes de ses victimes. Son tambour rotatif et ses gravures démoniaques lui donnent une allure maléfique, presque vivante. Et enfin, le Tir en chaîne, une relique hantée par une intelligence obscure. Son architecture baroque, ses éclairs azurés et son orbe central pulsant en font l’une des armes les plus visuellement dérangeantes du jeu.
Chaque arme du Slayer dans The Dark Ages n’est pas seulement un outil de mort : c’est une extension de sa volonté, un symbole visuel de son lien complexe avec les forces mystiques des Sentinelles et des Maykrs, et une preuve de plus que la guerre contre l’Enfer se gagne autant à coups de style qu’à coups de canon.
Le Slayer en quête de puissance !
Chaque niveau vous plonge dans des cartes plutôt linéaires mais ponctuées d’embranchements semi-ouverts, histoire de prendre le temps d’explorer les lieux. Cette exploration est d’ailleurs vivement conseillée : elle permet de déclencher des affrontements annexes qui offrent des améliorations via l’essence démoniaque, une ressource indispensable pour augmenter votre vie, votre bouclier ou encore la quantité de munitions transportables.
Malgré ses avancées technologiques, DOOM conserve un petit côté rétro assumé, avec ses objets qui lévitent au-dessus du sol : soins, armures, munitions… Autant d’éléments qui rappellent les classiques du FPS des années 90, tout en s’intégrant harmonieusement à la modernité du level design et du gameplay.
Vous pouvez également améliorer vos armes, ce qui est non seulement possible, mais vivement recommandé si vous ne voulez pas finir en lambeaux face aux démons. Mais attention : vous ne pourrez pas simplement foncer tête baissée dans le scénario. Il faudra partir à la recherche de ressources comme de l’or, des rubis ou des pierres d’esprit disséminés dans les zones d’exploration. Plus vous renforcez votre arsenal, plus les améliorations coûtent cher, ce qui pousse à faire des choix stratégiques.
Ces upgrades ne se limitent pas à une simple montée en puissance : elles apportent souvent des effets spéciaux spectaculaires, capables de déclencher des combos d’une efficacité redoutable. Mention spéciale au bouclier-tronçonneuse qui revient vers vous à la manière d’un Captain America sous stéroïdes, ajoutant une touche jouissive à des combats déjà ultra sanglants.
Enfin, l’exploration est aussi récompensée par des collectibles variés, notamment les pages du Codex pour en apprendre plus sur le lore, ainsi que des petites figurines à collectionner qui rappellent clairement le style des figurines POP!, pour une touche geek bienvenue.
Un level design narratif et monumental au service de l’immersion
Dans DOOM: The Dark Ages, le level design ne se contente pas d’être fonctionnel : il est au cœur de l’expérience. Chaque zone explorée raconte une histoire, chaque lieu visité respire une identité propre, portée par un lore dense et une direction artistique monumentale. Les niveaux sont pensés comme des fragments d’univers cohérents et connectés à l’histoire du Slayer, tout en s’ouvrant à l’exploration, à la recherche de secrets et à la contemplation.
Parmi les lieux marquants, on découvre le Royaume cosmique, une nécropole d’épaves spatiales figée dans le vide, jonchée de navires venus de multiples dimensions. Ce gigantesque cimetière spatial, suspendu dans une dérive silencieuse, fascine autant qu’il glace le sang : il symbolise la témérité (et la chute) de ceux qui ont osé défier les limites de la réalité.
À l’opposé, le village de Khalim propose une ambiance plus industrielle et brutale. Avant-poste d’extraction d’essence sentinelle, port stratégique et bastion militaire, Khalim est un carrefour vital, à la fois ancré dans la terre et vulnérable aux assauts ennemis. Le joueur et la joueuse y navigue entre installations mécaniques, docks animés et fortifications imposantes — un contraste fort avec la cité sacrée d’Aratum, suspendue au-dessus d’Argent D’Nur. Cette ville céleste, sanctuaire lumineux et interdit, flotte dans une aura mystique : on y ressent presque le sacré à chaque pas, renforcé par une règle non dite qui interdit d’y verser le sang sous peine d’attirer la colère des dieux.
Mais tous les lieux ne brillent pas d’une lueur divine. La Forêt abyssale, ancien territoire purifié devenu cauchemar végétal, incarne le pouvoir corrupteur de l’Enfer. Ce décor organique et tordu, où les arbres semblent possédés et la terre elle-même vivante, est une réussite de level design horrifique, où l’exploration devient oppressante.
Enfin, difficile d’oublier la prison d’Estovia, gigantesque structure cachée sous les flots du nord. Ce niveau labyrinthique, construit autour d’un pacte ancien entre les Sentinelles et les Esprits, abrite un prisonnier cosmique dont la libération pourrait anéantir les dimensions. Le level design y devient presque narratif à lui seul, chaque détour et chaque salle suggérant un danger ancien prêt à se réveiller.
Au-delà de leur esthétique, ces lieux exploitent une construction semi-ouverte intelligente, avec des chemins secondaires, des secrets bien dissimulés et des boucles de gameplay qui encouragent à tout fouiller. DOOM: The Dark Ages prouve ainsi que la série sait se renouveler sans renier ses racines, en offrant des arènes de combat lisibles, mais désormais enveloppées dans des environnements riches, mystiques et vivants, qui donnent au jeu une ampleur digne d’une fresque épique.
Une bande-son barbare et céleste
La bande originale de DOOM: The Dark Ages, disponible sur Spotify, est une œuvre à part entière qui sublime l’ambiance ténébreuse et épique du jeu. Dès les premières pistes, on ressent l’évolution sonore amorcée depuis DOOM Eternal, avec un mélange encore plus poussé entre metal industriel, percussions tribales et chants liturgiques, qui donne à cette OST une identité à la fois brutale, rituelle et presque religieuse.
Composée par Mick Gordon — fidèle architecte sonore de la franchise depuis son reboot — cette bande-son conserve l’ADN métallique et saturé qui caractérise le Slayer : riffs de guitares agressifs, basses grondantes et ruptures rythmiques explosives. Mais ici, l’esthétique médiévale et ésotérique du jeu influence directement la musique. On y trouve des motifs orchestraux sombres, des voix gutturales proches du chant grégorien ou de la polyphonie rituelle, et des passages ambient inquiétants, qui évoquent autant l’heroic fantasy que l’horreur cosmique.
Certaines pistes, comme « The Slayer of Kings » ou « March of Serrat », marient puissance et solennité avec un sens du spectacle indéniable. Le rythme tribal, les tambours de guerre et les chœurs d’outre-tombe renforcent l’idée que chaque combat est une bataille mythologique. À l’inverse, des morceaux plus calmes comme « Echoes of Aratum » plongent dans une ambiance presque sacrée, où les synthétiseurs vaporeux et les nappes vocales viennent souligner l’aspect mystique des environnements célestes.
Le sound design dynamique du jeu trouve ici un prolongement naturel, chaque morceau semblant évoluer avec le gameplay : plus l’action s’intensifie, plus les pistes explosent en couches agressives, pour ensuite retomber dans des ambiances lourdes et menaçantes. La transition entre exploration, tension et affrontement est rendue fluide grâce à une composition pensée comme une pulsation vivante au rythme du Slayer.
En résumé, la bande-son de DOOM: The Dark Ages réinvente le langage sonore de la série, en ajoutant une couche mystique et baroque à sa rage habituelle. C’est une œuvre qui mérite d’être écoutée indépendamment du jeu, tant elle parvient à créer un univers sonore cohérent, immersif et viscéralement puissant.
DOOM: The Dark Ages est un excellent retour aux sources, un titre taillé pour ravir aussi bien les fans de la franchise que les amateur·rice·s de FPS nerveux et viscéraux. Fidèle à l’ADN de la saga tout en apportant un souffle nouveau, le jeu marque un come-back brutal — dans le meilleur sens du terme — après plusieurs années d’absence. En revanche, le prix peut faire grincer des dents : proposé à 79,99 €, il s’aligne sur les standards actuels des AAA, mais reste élevé malgré les nombreuses qualités du jeu. Après tout, c’est Bethesda — difficile de dire qu’on ne s’y attendait pas. Comptez environ une dizaine d’heures pour atteindre les 100 % en difficulté normale, et bien plus si vous vous aventurez dans les modes de jeu les plus corsés, où la moindre erreur peut être fatale. Un défi à la hauteur du Slayer… et des plus acharné·e·s.
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