Durant la Paris Manga Sci-Fi Show, j’ai eu l’occasion de rencontrer Alice Hérault, alias Livanart, une cosplayeuse talentueuse ! En 2019, elle a remporté la Coupe de France de Cosplay avec son costume de Pyke, tiré de l’univers League of Legends. Ensemble, nous avons discuté de cet univers fascinant qu’est le cosplay, un échange enrichissant qui permet de mieux comprendre cette discipline à la croisée de l’art, de la mode et du spectacle. Aujourd’hui, Livanart incarne une antagoniste du jeu vidéo Identity V, une version caricaturale de Marie-Antoinette. Un costume qu’elle a conçu en seulement deux semaines pour un budget avoisinant une centaine d’euros.
Le métier de Cosplayeuse
À quel moment avez-vous commencé le cosplay ?
J’ai commencé le cosplay en 2015, totalement par hasard. J’ai juste voulu faire un costume que je trouvais chouette dans un jeu vidéo, une Grande Sœur dans le jeu Bioshock 2, sans savoir qu’il y avait un art qui s’appelait le cosplay. J’ai commencé à en faire mon métier à partir de 2022.
Vous travaillez beaucoup sur les réseaux sociaux. Comment ça se passe ? Avez-vous une place assez safe ?
Les réseaux sociaux ne sont pas très safe de base ! Ça a été beaucoup d’apprentissage. Je fais encore partie de cette génération qui est née sans internet à la base. J’ai pu constater que les réseaux sociaux pouvaient être une place très, très violente. C’est aussi un espace de partage, où l’on peut partager des choses magnifiques et se créer une communauté autour d’une passion commune.
En dehors de la confection de vos costumes et de votre travail sur les réseaux, vous participez à des conventions comme celle-ci. Quelles sont vos principales activités lors de ces événements ?
Premièrement, je rencontre les gens qui suivent mon travail, c’est vraiment génial car je rencontre beaucoup de gens ! Je propose parfois des ateliers découverte autour de cet art. D’autres fois, je suis présente en tant que jury dans les concours.
Je mets à disposition mon expérience, mon expertise et c’est un moment très agréable pour moi, car je rencontre beaucoup de gens. J’ai cru comprendre que ça aidait les cosplayeurs et cosplayeuses de rencontrer des personnes qui en font leur métier et qui s’épanouissent là-dedans.
Ce sont des personnes qui cherchent aussi leur chemin et je pense que c’est rassurant de rencontrer des gens qui ont réussi dans un univers, un métier que l’on n’imaginait même pas exister il y a quelques années. C’est très rassurant pour les prochaines générations de se dire : « En fait, c’est possible de faire ça ! » Même si ce n’est pas du cosplay, j’aime bien me dire que peut-être j’ouvre des portes à certaines personnes.
J’ai vu sur votre site internet que vous avez une boutique, qu’est-ce que vous vendez ?
Je vends des patrons, j’ai une autre société à côté qui s’appelle Filibert Patterns. Avec mon associée, on crée des patrons de couture pour les cosplays. On en a déjà une dizaine de sortis, disponibles sur mon site ou sur Etsy, par exemple.
On en a vendu quasiment 2000 en moins d’un an. On a commencé à faire ça en mars 2023, ça fonctionne très bien, on a de très bons retours. On a vendu des patrons dans plus de quarante-cinq pays dans le monde. Les gens nous laissent des notes, ils nous envoient des photos, c’est une nouvelle fois très satisfaisant. Je vois des gens en convention en cosplay, je reconnais mon patron.
Pareil sur TikTok, vu que l’on vend beaucoup aux États-Unis, je reconnais mon travail. Quand vous fabriquez un patron, vous êtes capable ensuite de reconnaître la moindre couture ou courbe. C’est hyper gratifiant !
Le cosplay, à l’instar du jeu vidéo ou des mangas, a mis beaucoup de temps à être bien vu en France. Les débuts sont toujours un peu compliqués, est-ce que les mentalités ont évolué ?
Oui, les mentalités évoluent grandement ! C’est une discipline qui se popularise énormément, elle évolue un peu au même rythme que notre société. Même si elle a une longueur d’avance par rapport à la société moyenne. C’est une discipline qui regroupe beaucoup de gens Queer, ce qui permet une inclusivité particulière.
Là-dessus, je pense qu’elle a une longueur d’avance sur la moyenne. À côté de cela, les mentalités évoluent, au début, beaucoup trouvaient cela bizarre, puis après, c’est complètement inclus, et ainsi de suite. C’est ça que je trouve génial, il y a des combats qui se passent par le cosplay, et au travers de ce prisme-là, on arrive à faire avancer les choses. Cependant, il y a encore beaucoup de travail.
Le cosplay, un art minutieux
Comment vous vient l’idée de vos cosplays ?
Si c’est une commande, ce n’est pas moi qui choisis. Une marque peut par exemple me demander d’incarner un personnage, donc je crée ce personnage. En revanche, pour mes costumes personnels, je les choisis en fonction de plein de critères. Techniquement, est-ce que ça me donne envie ? Vais-je apprendre quelque chose ? Est-ce que c’est faisable ? Il y a aussi une question budgétaire, évidemment.
Ce qui prime par-dessus tout, c’est surtout le côté coup de cœur du personnage ! Il faut que, d’un point de vue roleplay, le personnage me plaise. Il faut vraiment que j’aie envie de l’incarner. Si c’est un personnage que je trouve très beau visuellement mais que sa personnalité me dégoûte d’une certaine façon ou que je ne me sens pas capable de l’incarner, alors je ne le ferai pas.
Je vais prendre un exemple très simple, les princesses Disney comme Cendrillon, Blanche-Neige, etc. Je n’ai rien contre elles, mais je suis incapable d’incarner ce genre de princesse. La seule princesse que j’ai incarnée, c’est Fiona dans Shrek, car elle casse les codes. Ce sont tous ces petits détails qui rentrent en compte.
Quand vous parlez d’apprendre quelque chose en vous penchant sur un nouveau cosplay, qu’est-ce que vous voulez apprendre de nouveau ?
Une nouvelle technique, de l’impression 3D, ou alors des choses en couture que je n’avais pas encore réalisées, du moulage, des effets spéciaux, etc.
Faites-vous appel à des artisans pour vos costumes ?
Je fais la plupart de mes cosplays moi-même, je fais appel de temps en temps à un artisan pour mes impressions 3D. Lui aussi démarre sa petite entreprise, il m’a contactée via mon site web, il cherchait de la visibilité.
Je lui permets d’obtenir quelques contrats, vu qu’il travaille avec moi. De son côté, il va fabriquer les pièces et me les envoie brutes, je fais ensuite le reste du travail.
Combien de temps cela prend-il pour créer un cosplay ? Quelles sont les différentes étapes ?
Tout dépend de ce que vous devez faire. Celui que je porte aujourd’hui, j’ai mis peut-être deux semaines à le confectionner. Le plus long m’a pris quatre mois, c’était un de mes costumes pour la Coupe de France.
Pour les étapes, la première chose à faire, je dirais que c’est de bien identifier le personnage. Essayer de comprendre la tenue, à quoi fait-elle référence ? Par exemple, pour un kimono, on peut se tourner vers l’histoire pour voir comment c’est fait. On n’est pas obligé de faire de l’historique, mais juste pour se renseigner.
Quelles matières sont utilisées ? Est-ce que ce n’est pas mieux d’utiliser des matières naturelles plutôt que du synthétique ? Il y a donc un gros travail de recherche autour de la tenue.
Après, on va faire des plans, notamment quand ce sont des armures ou des costumes avec beaucoup d’éléments, au bout d’un moment, c’est limite un travail d’ingénierie.
Il faut se poser beaucoup de questions :
- Par quoi vais-je commencer ?
- Quand je vais le mettre, comment je vais le mettre ?
- Comment je vais faire en sorte que ça tienne ?
- Comment je vais cacher tel ou tel élément ?
- Si je dois utiliser de l’électronique, où est-ce que je le place ?
Il faut vraiment se poser beaucoup de questions au niveau de la conception.
Ensuite, on calcule ce dont on va avoir besoin pour les composants et puis c’est parti !
Vous parlez ici de différents domaines : couture, dessin, électronique… Vous avez appris tout cela sur le tas ?
Oui ! Je dois vous avouer que ce n’est pas ma partie préférée, car j’aime bien commencer les choses rapidement !
C’est indispensable, je pense notamment aux gens qui sont très économes et qui ne veulent pas perdre de l’argent bêtement, comme moi.
J’ai tendance à faire des essais, rater, me rendre compte que ce n’était pas ce qu’il fallait, racheter. Pour celles et ceux qui veulent faire des économies, c’est très important de faire des plans avant pour vraiment avoir une idée précise du matériel dont vous allez avoir besoin.
Comment vous fournissez-vous pour tous les matériaux que vous utilisez ?
Il y a plusieurs boutiques, notamment pour les matériaux type mousse EVA, qui ont ouvert et qui sont spécialisées dans le cosplay.
Je peux vous en citer deux :
- En France, il y a Cosplay & Craft.
- En Belgique, vous avez Cosplay Shop.
Moi, j’avoue, je me fournis beaucoup chez ces deux fournisseurs, en fonction de leurs offres du moment.
Pour le tissu, c’est plus accessible, vous pouvez en trouver partout. Parfois, je vais en trouver sur internet parce que ça va être un tissu très particulier, et on peut le trouver qu’en Angleterre, par exemple.
Ce que j’adore faire, c’est aller dans les magasins de tissus et choisir des produits coup de cœur.
Je pense que l’on a tous commencé comme ça avec les tissus, les choisir au toucher. Après, on connaît les noms de ces derniers, on sait ce que l’on cherche, c’est donc plus facile.
Je pense qu’il ne faut pas hésiter à aller en magasin, par exemple au marché Saint-Pierre à Paris.
Il y a énormément de produits différents, ça peut être un très bon moyen pour commencer et trouver de la marchandise pas trop chère.
Ensuite, il y a aussi de très beaux tissus sur des sites comme Etsy, on peut trouver des choses que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Je vais vous prendre l’exemple d’une combinaison que j’ai faite il n’y a pas longtemps. Elle a demandé une espèce de tissu stretch, vinyle, rose bonbon, je l’ai trouvé qu’en Angleterre !
C’est un gros travail de recherche, de curiosité, et malgré ça, il y a quand même des ratés. On pense que le tissu a toutes les caractéristiques que l’on recherche, et quand on le reçoit, on est déçu.
Dans ces cas-là, comment faites-vous ? J’imagine que vous avez parfois certains délais si c’est pour des conventions, par exemple.
Tout à fait ! Quand il y a des délais, je pense qu’il ne faut pas prendre de risques.
Il faut se diriger vers ce que l’on connaît.
Quand on a moins de délais, moins de pression, alors on peut s’essayer à de nouvelles choses !
La compétition, entre fidélité du personnage et acting
Vous avez été la grande gagnante de la Coupe de France de Cosplay en 2019. Quels sont les critères pour gagner ce genre de compétition ?
Alors, il y a beaucoup de critères, grosso modo, c’est du 50/50. Cinquante pour cent de la note est attribué au costume, et l’autre moitié est attribuée à la prestation scénique.
Ensuite, ces 50 % sont divisés en sous-catégories.
Pour le costume, on va avoir par exemple :
- La fidélité à l’image de référence
- Est-ce que les proportions sont respectées ?
- La mobilité est-elle possible avec le costume ?
- Les finitions sont-elles propres ?
- Est-ce que les matériaux utilisés sont les bons ?
Pour la scène, on va plutôt regarder :
- Si la personne utilise toute la scène
- L’utilisation des accessoires
- Est-ce que le roleplay est bon ?
- Le respect de l’univers du personnage
- Et surtout, est-ce que l’on comprend ce qui se passe sur scène ?
Lorsque vous êtes sur scène, vous faites vos prestations en playback ?
Pour ma part, c’était du playback. J’avais sélectionné des phrases au préalable et fait tout un montage.
Il y a de plus en plus de personnes qui prennent le micro pour parler, cependant, pour l’immersion, on préfère généralement le playback. Cela permet d’être au plus proche du personnage.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaite se lancer dans le cosplay ?
Maintenant, il y a plein de façons de faire du cosplay.
Il y a des personnes qui vont juste acheter leurs costumes sur internet, et ça va leur suffire d’incarner le personnage et de s’amuser, ce qui est très bien !
Il y a des gens comme moi qui vont être très compétitifs, qui vont aimer faire leurs cosplays eux-mêmes et se lancer dans les concours.
D’autres personnes vont juste vouloir faire de jolies photos et les mettre sur les réseaux sociaux.
Il faut d’abord essayer de déterminer pourquoi vous voulez faire du cosplay.
- Vous voulez rencontrer des gens ?
- Faire de la compétition ?
- En faire votre métier ?
Il faut se poser toutes ces questions, à partir de là, il y a plein de stratégies pour y parvenir.
- Vous avez des groupes sur les réseaux sociaux.
- Il y a des compétitions qui sont faites pour se faire la main avant de participer à de plus gros challenges.
- Les conventions sont aussi un bon endroit pour découvrir.
Mais la première chose à faire reste de déterminer pourquoi vous voulez faire du cosplay.
À travers cette discussion passionnante, Livanart nous plonge dans l’univers du cosplay, entre créativité, compétition et partage. De la confection des costumes à la gestion de sa boutique, elle incarne avec talent la rigueur et la passion nécessaires à cette discipline. Le cosplay est bien plus qu’un simple loisir, c’est un art à part entière ! Pour suivre Livanart, découvrir ses créations ou vous lancer vous-même dans l’aventure du cosplay, vous pouvez la retrouver sur ses réseaux sociaux( Instagram et Tiktok )!
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