Sorti aujourd’hui, le 26 mars 2025, A Language of Dragons est un livre de S.F. Williamson publié chez Bragelonne. Il s’agit de son premier ouvrage. Très honnêtement, on ne peut qu’applaudir l’écrivaine pour ce magnifique roman. Ce premier tome nous plonge dans un univers que j’ai trouvé original et surtout, il nous happe dès les premières pages. Une lecture facile, une histoire originale et fascinante, préparez-vous à plonger dans un monde qui bascule vers l’anarchie !
Traduire ou trahir : le dilemme de Vivien
Toute traduction exige un sacrifice.
Londres, 1923. Les dragons remplissent le ciel et, dans les rues, le peuple se révolte. Mais Vivien se concentre sur ses objectifs : ne pas faire de vague, décrocher son apprentissage en langues draconiques et, surtout, s’assurer que sa petite sœur n’aura jamais à vivre dans la misère de la Troisième classe. Viv ne se doute pas que d’ici minuit, elle aura déclenché une guerre civile.
Et quand on lui propose un mystérieux travail pour réhabiliter sa famille… elle saute sur l’occasion. Arrivée à Bletchley Park, Viv va découvrir qu’elle a été recrutée comme décrypteuse de code draconique. Si elle réussit, sa famille et elle pourront rentrer à la maison. Si elle échoue… ils mourront tous.
Mais plus elle en apprend sur le conflit qui menace, plus Viv se rend compte que la bulle dans laquelle elle a grandi n’est pas si solide. Face à cette réalité, elle doit se demander : quelle guerre exactement est-elle prête à mener ?
Voici le résumé que nous offre la quatrième de couverture de ce roman. Ce que j’ai apprécié en premier lieu, c’est que le livre se déroule dans une époque “actuelle” : 1923, ce n’est pas si loin. Quand on regarde les autres ouvrages de type fantasy, nous sommes souvent dans des époques médiévales. C’est un des premiers points originaux !
L’oeuvre est à la première personne, ce point de vue permet une immersion totale : on voit, entend, ressent et pense exactement comme le narrateur. Cela sert aussi l’histoire car Viv est perdue entre un gouvernement auquel elle a toujours cru et un parti rebelle qui tente de le renverser. Grâce à cette narration, l’autrice introduit une fiabilité subjective : Viv se trompe, ne comprend pas tout, et c’est ce qui rend le récit si humain.
Viv, une héroïne clivante mais marquante
Viv, comme annoncé plus haut, est un peu (beaucoup) naïve. Elle a foi en son gouvernement et on a envie de la secouer pendant tout le scénario pour lui dire : Réveille-toi ma grande. Ce qui pourrait agacer certains lecteurs et lectrices. Bien que ce soit agaçant, je trouve que ça fait le charme du personnage.
Il est très facile de se dire : “c’est évident que ce sont les méchants”. Mais rappelons que cette jeune fille a seulement 17 ans et surtout, qu’elle a été éduquée ainsi. Cette jeune fille a clairement été endoctrinée !
Et si ce roman efface une partie de notre histoire — la Première Guerre mondiale n’ayant pas eu lieu, remplacée par une guerre entre dragons et humains — on retrouve certains aspects de cette époque et des suivantes. Cet endoctrinement subi par Viv et les enfants de la Seconde classe fait écho à la jeunesse hitlérienne. Les nazis formataient les jeunes générations à adhérer à leurs valeurs. Les manuels scolaires étaient réécrits pour diffuser l’idéologie du parti. C’est exactement ce qui se passe ici : Viv est persuadée de connaître la vérité, car c’est ce qu’on lui a inculqué depuis qu’elle est née.
L’héroïne nous marque aussi par ce côté anti-héroïne en pleine transformation. Elle fait des choix égoïstes, voulant absolument sauver sa famille au risque de tuer un plus grand nombre de personnes. Tout le roman s’arque là-dessus : la rédemption et le pardon. Viv a dû faire plusieurs choix bien avant d’arriver à Bletchley Park, des choix égoïstes, des choix qu’elle n’arrive pas à se pardonner.
Il y a une grande morale autour du pardon. Le chapitre 23 y est d’ailleurs consacré, j’ai même versé ma petite larme. Une magnifique phrase en ressort :
“Le pardon rachète la douleur.”
Ici, madame Williamson nous explique que le fait de pardonner — ou d’être pardonné — permet de transformer la souffrance en quelque chose de plus apaisé, de plus humain.
Le pardon : acte volontaire par lequel on renonce à la rancune ou au désir de vengeance envers quelqu’un qui nous a blessé.
Rachète : ici, au sens symbolique de « compenser », « libérer », « redonner une valeur à ».
La douleur : physique ou morale, souvent liée à une blessure émotionnelle ou à une trahison.
Pardonner ne veut pas dire oublier, mais cela permet souvent de se libérer de la souffrance, de ne plus en être prisonnier. C’est un acte de paix intérieure. Et parfois, dans le pardon, il y a aussi une forme de rédemption, pour soi ou pour l’autre.
Derrière sa fantasy, l’autrice puise au fond de nous, de nos erreurs, de nos blessures et nous pousse à accorder le pardon, se faire pardonner ou se pardonner en fonction de notre passé.
Une intrigue captivante autour du langage
Un peu plus haut, je vous avais fait part d’un premier point original de ce livre. Le deuxième, c’est la ligne directrice autour de la traduction et de l’étude des langues.
Dans A Language of Dragons, l’autrice traite la langue draconique comme une science complexe, mais accessible au lecteur. C’est un fil conducteur passionnant qui donne de la profondeur à l’univers.
On ne retrouve pas une héroïne badass qui écrabouille ses ennemis à coups d’épée, de sort ou de flèche. Ici, Viv est une savante, elle parle plusieurs langues humaines et draconiques. Toute l’histoire s’axe sur ce point, et l’on comprend pourquoi lorsque l’on découvre la vie de l’autrice. Durant toute l’histoire, on étudie avec elle les différents aspects de ce fameux code qu’elle doit traduire.
Si, comme moi, vous adorez découvrir le lore d’un univers, alors ce bouquin est fait pour vous ! On apprend, on décrypte et on tente de percer les secrets des langues draconiques aux côtés de l’héroïne.
S. F. Williamson, l’amour des langues au cœur de la fantasy
S. F. Williamson est une autrice passionnée par les langues, leur naissance, leur évolution, et ce qu’elles révèlent sur nos sociétés. Avant d’être traductrice littéraire, elle était déjà écrivaine, imaginant des histoires dans sa chambre d’enfant bien avant d’apprendre une seconde langue.
Ayant grandi en France, puis étudié le français et l’italien, elle a été bercée par les accents et les dialectes — des R roulés écossais de sa grand-mère maternelle au gallois de sa grand-mère paternelle, en passant par le patois du village français de son enfance. Pour elle, les langues sont vivantes, mouvantes, respirantes. Elles permettent de franchir des frontières invisibles, d’accéder à des idées et des cultures autrement inaccessibles.
Dans sa note aux lecteurs internationaux, elle exprime sa gratitude de voir A Language of Dragons traduit dans une vingtaine de langues, soulignant la complexité de traduire un roman de fantasy où les langues draconiques jouent un rôle central. Ce roman, directement inspiré de son expérience de traductrice, interroge ce qui se perd — ou se transforme — dans l’acte de traduction.
En imaginant un monde où les dragons ont leur propre langage, elle a dû réfléchir à leur manière de communiquer : parleraient-ils, écriraient-ils, utiliseraient-ils une langue des signes ?
Titulaire d’un master en écriture jeunesse de l’université de Bath Spa, S. F. Williamson vit aujourd’hui en France avec son mari et leur fils. Avec A Language of Dragons, elle signe une œuvre où la magie des mots rejoint les luttes politiques, la quête de sens, et la puissance de la communication.
Une édition reliée splendide !
Je tiens particulièrement à remercier Bragelonne, qui nous a envoyé ce magnifique livre. Mais surtout, cette édition collector, qui est un véritable bijou d’édition.
Imprimée sur un papier bouffant Holmen Book crème certifié PEFC®, elle allie respect de l’environnement et confort de lecture. La couverture, sublimée par une illustration exclusive du duo artistique Vaderetro, est enrichie :
- d’un pelliculage mat
- de deux marquages à chaud (or et rouge)
- d’un marquage en creux sur le titre et le nom de l’autrice
Le jaspage inédit, inspiré de l’esthétique dark academia, apporte une touche d’élégance mystérieuse. À l’intérieur, les pages de garde révèlent une œuvre complète signée Ivan Belikov, dont des extraits ornent aussi l’édition anglo-saxonne. Un tranchefile et un signet doré viennent parfaire l’objet, faisant de ce livre bien plus qu’un roman : une pièce de collection.
A Language of Dragons est un livre magnifique, autant par sa couverture que par ce qu’il renferme. L’histoire et tous ses aspects m’ont particulièrement touché. Cette leçon sur le pardon est digne d’un livre d’introspection, et saura toucher, je pense, la plupart d’entre vous. Ce roman de S. F. Williamson est une duologie, avec ce premier tome sorti aujourd’hui. Pour le deuxième : rendez-vous en mars de l’année prochaine !
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