Accessoires 31.10.2026

Streamy Kids : rencontre avec Angélique Filleau, qui veut réinventer le baladeur pour enfants

Entre la boîte à histoires devenue « trop bébé » et le premier smartphone, il manquait une étape. C'est le constat qu'a fait Angélique Filleau, maman et ingénieure, en voyant sa fille passer de Spotify à Netflix en quelques gestes sur son téléphone. Sa réponse s'appelle Streamy Kids, un baladeur audio sécurisé pensé pour les enfants dès 4 ans. Nous l'avons rencontrée lors d'une journée presse et influenceurs consacrée aux jeux et jouets, à Paris. Au programme : la genèse du projet, le fonctionnement du contrôle parental, le succès de la campagne Ulule, la production en Chine… et la question qui fâche, celle de la dépendance. Vendu 149 € et limité à une première série de 1 000 exemplaires, l'appareil est actuellement en précommande, avec une livraison annoncée avant Noël 2026.

Une idée née… d’un « N » rouge

Derrière Streamy Kids, il y a d’abord une histoire de parent. Angélique Filleau travaille depuis plus de dix ans dans la tech, le cloud et la data. Elle a lancé le projet il y a environ deux ans, via sa société ApilyTech.

Le déclic est venu de sa fille. Comme beaucoup d’enfants, elle a voulu écouter les chansons entendues à l’école. Spotify sur le téléphone parental semblait alors une solution de dépannage, jusqu’à ce que la petite apprenne à naviguer seule dans l’appareil :

« De fil en aiguille, [elle] s’est retrouvée sur Netflix parce qu’elle a reconnu le fameux N des dessins animés qu’on regardait le samedi matin. Et je me suis dit que ça n’allait pas le faire. »

La fondatrice cherche alors une alternative, en ligne comme en boutique, sans succès :

« Il y a deux ans, il n’y avait rien de satisfaisant qui permette aux enfants d’écouter, un peu comme des iPod à l’époque, de manière sécurisée, des contenus audio. »

Le chaînon manquant entre boîte à histoires et smartphone

Streamy Kids se positionne sur un créneau précis : l’âge où l’enfant commence à bouder les boîtes à histoires, sans être prêt pour un téléphone.

« L’idée, c’était vraiment de proposer un appareil qui permette de faire le lien entre la boîte à histoires et le premier téléphone, parce qu’au bout d’un certain temps, les enfants se lassent des boîtes à histoires qui font un peu trop bébé. »

Selon elle, ce basculement arrive vers 6 ou 7 ans. L’enfant veut davantage d’histoires, de la musique, et les cartes ou figurines à l’unité finissent par coûter cher.

D’où le choix de ne pas proposer un catalogue fermé, mais de s’appuyer sur les applications audio que les familles utilisent déjà. Au lancement, le site officiel liste Spotify et Spotify Kids, Deezer, Amazon Music, Audible, Alma Studio et Mon Petit France Inter (Radio France). D’autres services pourront être ajoutés par la suite. Une philosophie que la fondatrice résume ainsi :

« Pour moi, ce n’est pas de produire du contenu, c’est vraiment de produire le contenant, parce que c’est là où est ma force. »

Un store verrouillé, sans navigateur ni YouTube

Visuellement, Streamy Kids ressemble à un petit smartphone : écran de 4 pouces, 32 Go de stockage extensibles par microSD, haut-parleur intégré, prise jack, USB-C et Bluetooth. Mais l’appareil est bridé pour ne faire qu’une chose : l’audio.

Les applications proviennent d’un catalogue filtré. Seules celles sélectionnées par l’équipe peuvent être installées. Les autres sont tout simplement rejetées :

« Si vous essayez de télécharger YouTube, vous pouvez toujours essayer, mais en fait, l’application est automatiquement désinstallée et elle n’est pas visible par l’enfant. »

Pas de réseaux sociaux, pas de notifications, pas de navigateur. Si une application contient un lien vers l’extérieur, il ne mène nulle part. L’appareil est pensé avant tout pour l’écoute hors ligne, avec un Wi-Fi optionnel selon les plateformes et les abonnements utilisés.

L’interface, elle, se limite à quelques grandes icônes. Les enfants y retrouvent des applications qu’ils connaissent déjà sur le téléphone de leurs parents. Pour autant, la fondatrice ne vend pas un appareil « à lâcher dans la nature » :

« Je ne recommande pas que l’enfant l’utilise seul à quatre ans. Il faut quand même être là, l’accompagner sur la découverte d’un univers musical. »

Un contrôle parental volontairement minimaliste

Sur ce point, Angélique Filleau assume un parti pris. Les outils de contrôle parental existants, comme Family Link, sont selon elle efficaces mais trop complexes à paramétrer. Résultat : certains enfants finissent par les contourner.

Sur Streamy Kids, le parent choisit simplement les applications autorisées et décide d’activer ou non le Wi-Fi. Et il n’y a, pour l’instant, aucun planning d’écoute ni minuteur. Un choix réfléchi, qui renvoie à l’époque des walkmans et des lecteurs CD :

« L’autorité parentale doit être présente, le parent doit être présent avec l’enfant pour l’accompagner justement dans la découverte de ces outils. Et ce n’est pas aux outils de dire à l’enfant stop ! »

Une position qui ne manquera pas de faire débat chez les parents habitués aux limites de temps d’écran automatisées, mais qui a le mérite de la cohérence.

Ulule : des messages plus parlants que les chiffres

Avant sa commercialisation, Streamy Kids est passé par une campagne de financement participatif sur Ulule. D’après le dossier de presse, elle a dépassé 390 % de son objectif et réuni plus de 300 contributeur·rices, pour une communauté de plus de 4 000 abonné·es sur les réseaux.

Mais pour la fondatrice, l’essentiel est ailleurs :

« C’est pas forcément le nombre qui est important au final, c’est vraiment les messages que j’ai reçus. »

Parmi les retours, une phrase revient souvent : « C’est l’alternative qu’on attendait pour éviter le téléphone. » Et le fait que des parents découvrant le projet commandent immédiatement un appareil à ce prix constitue, selon elle, « un signal fort ».

149 €, sans abonnement maison

Le modèle économique est simple. On achète l’appareil 149 €, et les familles utilisent leurs propres abonnements aux services de streaming :

« Les parents utilisent leur propre abonnement. Il n’y a pas de surplus par rapport à ce qui existe déjà. »

Des petits extras payants pourraient arriver l’an prochain, comme des thèmes ou des widgets, présentés comme des options et non comme le cœur du produit. Les mises à jour du catalogue d’applications resteront gratuites.

Production lancée, cap sur Noël

Au moment de notre entretien, en septembre, la production venait tout juste de démarrer :

« La production a été lancée cette semaine. J’ai fait un gros chèque cette semaine. »

La logistique, de la réception des colis à l’expédition des commandes, sera confiée à un établissement qui emploie des personnes en situation de handicap. L’objectif reste le même : que les familles ayant précommandé reçoivent leur appareil avant Noël 2026.

Côté distribution, la feuille de route est progressive. En 2026, Streamy Kids est vendu exclusivement sur son site officiel. Amazon devrait suivre début 2027, puis potentiellement la Fnac fin 2027. Mais la fondatrice reste prudente : « La grande distribution, c’est un enjeu financier important. »

Le nerf de la guerre : le financement

Interrogée sur la principale difficulté du projet, Angélique Filleau ne cherche pas de détour :

« Le plus difficile, c’est vraiment la partie financière, parce que là je m’autofinance en intégralité. »

Elle conserve d’ailleurs une activité de freelance à côté. Direction artistique, marketing, bureau d’études chargé de travailler avec les fournisseurs en Chine : chaque poste pèse lourd. Fabriquer en France ? Elle l’écarte sans ambiguïté : sans cela, l’appareil « serait vendu à un prix exorbitant ».

« Ce n’est pas un smartphone »

Les premiers retours de parents sont positifs, notamment chez celles et ceux qui « galèrent » avec Spotify sur leur propre téléphone. Le principal malentendu tient à l’apparence de l’objet. Certains parents pensent qu’il s’agit d’un téléphone, et passent leur chemin. La fondatrice tient à corriger :

« Non, ce n’est pas un smartphone, c’est un baladeur qui ressemble à un smartphone. »

Seule critique remontée : une interface jugée pas assez « enfantine ». Un choix assumé, pour plaire aussi aux préados, plus exigeant·es sur ce qui fait « bébé ». Des thèmes supplémentaires devraient permettre de personnaliser l’ensemble.

Casque, enceinte et application parent au programme

Après le lancement, Streamy Kids prévoit une gamme d’accessoires : un casque pour jeunes enfants et une station de recharge faisant office d’enceinte, notamment. Une application côté parent est également envisagée pour gérer la personnalisation, et peut-être proposer des statistiques d’écoute.

Rien n’est figé pour autant. La fondatrice veut d’abord recueillir les besoins des familles, avec un développement prévu pour l’an prochain.

Et la dépendance ?

Dernière question, et non des moindres : un tel appareil peut-il rendre les enfants accros ? Angélique Filleau reconnaît que tout dépend de l’enfant. Sa fille a déjà enchaîné cinq heures d’histoires en un week-end, tout en faisant des puzzles ou du coloriage à côté. Pour elle, l’audio joue plutôt le rôle d’un fond qui aide à se concentrer, et qui développe le vocabulaire, l’empathie et la curiosité.

« Quand on était jeunes, on avait aussi les CD, etc., et on n’est pas devenus dépendants à nos appareils de musique, donc je ne pense pas. »

Avec Streamy Kids, Angélique Filleau parie sur une idée simple : redonner aux enfants l’autonomie qu’offraient autrefois les walkmans et les iPod, sans leur ouvrir les portes d’Internet. Le produit reste à éprouver en conditions réelles, et ses choix (pas de minuteur, contrôle parental réduit à l’essentiel) ne conviendront pas à tous les foyers. Mais le besoin est réel, et la réponse cohérente. Rendez-vous à Noël pour les premières livraisons, puis en 2027 pour voir si ce baladeur nouvelle génération parvient à se faire une place en rayon.

Fiche technique

Fabricant ApilyTech
Produit Streamy Kids, baladeur audio sécurisé
Âge recommandé Dès 4 ans
Écran 4 pouces
Dimensions 106 × 51 × 9,1 mm
Stockage 32 Go, extensible via microSD
Connectique audio Haut-parleur intégré, jack 3,5 mm, USB-C, Bluetooth
Autonomie Jusqu’à 12 h d’utilisation (lecture et Wi-Fi activés, écran éteint), selon le fabricant
Applications compatibles Spotify, Spotify Kids, Deezer, Amazon Music, Audible, Alma Studio, Mon Petit France Inter (abonnement requis selon le service)
Prix 149 €
Disponibilité Précommandes ouvertes, série limitée à 1 000 exemplaires, livraison annoncée avant Noël 2026
Distribution Exclusivement sur le site officiel

Précommander Streamy Kids

Le baladeur est disponible en précommande sur le site officiel : streamykids.fr

L’interview en vidéo

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