Après une phase 5 en demi-teinte, Marvel Studios joue gros avec Les Quatre Fantastiques : Premier Pas, le film qui lance la très attendue phase 6 du MCU. Repartant sur des bases totalement neuves, ce 37e long-métrage installe l’équipe culte dans un univers parallèle rétrofuturiste, tout en rompant avec les codes classiques du genre. Pas d’origine story laborieuse ici : l’équipe est déjà formée, expérimentée, et confrontée à une menace cosmique de premier ordre. Avec un casting ambitieux, une direction artistique audacieuse, et un ton plus sérieux qu’à l’accoutumée, ce nouveau chapitre pourrait bien incarner le renouveau tant attendu du Marvel Cinematic Universe. Mais est-ce suffisant pour faire des Quatre Fantastiques les nouveaux piliers du MCU ? Attention spoilers !

Un nouveau départ loin de la Terre-616

Ce 37e long-métrage de Marvel Studios apporte un vent de fraîcheur bienvenu sur le MCU. En effet, adieu la Terre-616, là où se déroulaient jusqu’ici les principaux événements de l’univers Marvel. Nous sommes désormais dans les années 60, sur la Terre-828, un monde parallèle à l’esthétique rétrofuturiste, résolument différent de ce que le MCU nous avait proposé jusqu’à présent.

Alors qu’ils s’apprêtent à accueillir leur fils Franklin, Reed Richards et Sue Storm voient leur paisible quotidien basculer : Shalla-Bal, alias la Surfeuse d’Argent, descend des cieux pour annoncer l’arrivée imminente de Galactus, une entité cosmique qui s’apprête à dévorer leur planète. Conscients de la menace, les Quatre Fantastiques se lancent dans une course contre la montre pour tenter de sauver leur monde.

Contrairement aux films de 2005 et 2015, cette nouvelle version ne reprend pas l’origin story classique. L’histoire se déroule quatre ans après l’acquisition de leurs pouvoirs, mais pas d’inquiétude pour les néophytes : Matt Shakman, le réalisateur, a pensé à tout. Le film s’ouvre sur une brillante séquence d’introduction façon émission télé des années soixante, qui résume les événements passés tout en nous présentant les quatre premières années de l’équipe. C’est aussi l’occasion de croiser quelques figures emblématiques de leur univers, comme l’Homme-Taupe, leur tout premier adversaire dans les comics.

Les Quatre Fantastiques nous captivent dès les premières minutes. La tension monte immédiatement, au fur et à mesure que l’on découvre cet univers alternatif riche, coloré et intrigant. C’est un excellent point, car cela permet à la fois aux novices de plonger facilement dans l’histoire et aux fans de longue date d’y retrouver des clins d’œil savoureux.

Un soin visuel à la hauteur de la légende

Il faut rendre hommage aux équipes en charge des décors et des effets spéciaux, car elles accomplissent un travail remarquable. Le film nous plonge dans un univers rétrofuturiste des années 60 avec un niveau de détail bluffant : vêtements, véhicules, infrastructures urbaines… tout est minutieusement pensé pour créer une ambiance fidèle à l’esthétique des comics originaux, et notamment au style graphique de Jack Kirby.

Très honnêtement, j’étais plutôt sceptique au départ sur le design de La Chose. Malgré sa fidélité au personnage de 1961, il me semblait un peu rigide dans les bandes-annonces. Finalement, le rendu passe très bien à l’écran. On s’habitue vite à cette apparence minérale, accentuée ici par une barbe stylisée inspirée d’un arc narratif bien connu des fans (Fantastic Four by Jonathan Hickman), qui donne à Ben Grimm une présence visuelle forte et singulière.

Malgré les très bons effets spéciaux globaux, quelques limites se font sentir dans la représentation de Galactus. Visuellement, il est très bien retranscrit, mais le rapport d’échelle, essentiel pour incarner sa démesure cosmique, n’est pas toujours maîtrisé. Si la première rencontre dans l’espace fonctionne grâce à une mise en scène oppressante, les séquences sur Terre manquent parfois de perspective. À l’instar du Godzilla de Gareth Edwards (2014), on aurait aimé des plans plus audacieux pour souligner l’impact physique et psychologique qu’un tel être provoque. Des plongées ou contre-plongées serrées auraient pu renforcer le vertige de sa présence.

Un casting solide porté par une Sue Storm magistrale

Parlons maintenant du casting. Le quatuor de super-héros est incarné par Pedro Pascal (The Last of Us) dans le rôle de Reed Richards, Vanessa Kirby (Fast & Furious: Hobbs & Shaw) en Sue Storm, Joseph Quinn (Sans un bruit : Jour 1) dans la peau de Johnny Storm, et enfin Ebon Moss-Bachrach (The Bear) pour Ben Grimm, alias La Chose. Une équipe taillée sur mesure pour porter cette nouvelle version de la « première famille de Marvel ».

Les prestations sont globalement homogènes, chacun·e trouvant sa place et interagissant avec une belle fluidité. Le quatuor fonctionne bien, transmet des émotions sincères et donne vie à une véritable dynamique familiale, crédible et touchante. Mais s’il faut désigner une figure marquante, Vanessa Kirby sort incontestablement du lot.

Dans le rôle de Sue Storm, elle est tout simplement impressionnante. Elle incarne une femme puissante, déchirée entre la protection de son enfant à naître et le devoir de sauver la planète entière. La scène d’accouchement dans le vaisseau, doublée d’un affrontement titanesque contre Galactus, est d’une intensité rare. On peut lire sur son visage la peur, le courage, l’épuisement, la détermination — tout ce qui fait de Sue le cœur émotionnel du film.

casting Les 4 Fantastiques : Premiers pas

Côté antagonistes, Ralph Ineson campe un Galactus inquiétant et imposant, tandis que Julia Garner (Ozark) interprète Shalla-Bal, la Surfeuse d’Argent. Et si l’annonce de ce choix avait fait grincer des dents (certain·es regrettant la version masculine classique), il faut reconnaître que cette version féminine fonctionne parfaitement. Non seulement le scénario justifie ce choix, mais Julia Garner offre une interprétation nuancée et charismatique. Comme souvent, il aurait été préférable d’attendre le résultat final avant de crier au scandale.

 Il y a tout de même un petit bémol. 

Un format un peu trop resserré pour tout développer

Avec une durée de 1h55, Les Quatre Fantastiques : Premier Pas se situe légèrement en dessous de la moyenne des productions Marvel, souvent plus proches des 2h15 à 2h40. Si ce rythme plus compact a le mérite de rendre le récit dynamique et sans temps mort, il impacte tout de même certains aspects du scénario.

On ressent par moments une précipitation dans certaines séquences, qui auraient mérité plus de développement narratif ou émotionnel. C’est particulièrement vrai pour la Surfeuse d’Argent (Shalla-Bal), un personnage pourtant central à l’intrigue.

Son passé et ses motivations ne sont qu’effleurés à travers une courte scène, alors même que son histoire personnelle dans les comics est riche et poignante. Le film manque ici l’occasion d’exploiter pleinement la dualité entre sa mission destructrice et son humanité refoulée, ce qui aurait pu la rendre encore plus marquante. Un traitement plus approfondi aurait permis d’accentuer l’impact de ses choix dans la dernière partie du récit.

Espérons que les suites ou futurs projets du MCU prendront le temps d’explorer davantage le potentiel de ce personnage, qui mérite clairement plus qu’un rôle de messagère cosmique.

Doctor Doom entre en scène : une première apparition pleine de promesses

On s’y attendait, et Marvel l’a fait : Doctor Doom apparaît bel et bien dans la première scène post-générique de Les Quatre Fantastiques : Premier Pas. Dans cette séquence située quatre ans après les événements du film, on retrouve Sue Storm en pleine lecture avec son fils Franklin, désormais plus âgé. L’ambiance paisible bascule soudainement lorsqu’elle s’absente pour chercher un nouveau livre… et découvre que Franklin a disparu. En état d’alerte, elle active ses pouvoirs, prête à agir.

C’est alors que le public découvre un homme de dos, capuche verte sur les épaules, tenant un masque argenté dans ses mains. Les lecteurs et lectrices de comics l’auront reconnu sans mal : il s’agit de Victor Von Doom, alias Doctor Doom (ou Docteur Fatalis en VF), l’un des antagonistes les plus emblématiques de l’univers Marvel. 

Autre petite déception : la scène post-générique, qui avait été tournée sur le plateau de Avengers: Doomsday, manque d’impact visuel. On aurait aimé un plan plus affirmé, un teaser plus spectaculaire.

Plus légère et pleine de nostalgie, la seconde scène post-générique rend un bel hommage à l’univers rétrofuturiste du film et à son héritage comique. Présentée sous la forme d’un dessin animé old-school façon années 60, elle retrace de manière exagérément enthousiaste les exploits des Quatre Fantastiques, avec une voix-off digne des cartoons d’époque. On y retrouve même La Chose lâchant son fameux cri de guerre, dans une version un peu détournée : « Ça va chauffer ! ».
Au-delà du clin d’œil fun, c’est aussi un hommage appuyé à Jack Kirby, créateur des Quatre Fantastiques, dont la date de naissance – le 28 août – est à l’origine du nom de la Terre 828. Une touche finale malicieuse et pleine de cœur, parfaite pour refermer cette aventure avec le sourire.

Les Quatre Fantastiques : Premier Pas réussit là où tant d’autres productions récentes du MCU ont échoué : poser un univers fort, cohérent, émouvant et visuellement marquant, sans sombrer dans l’humour forcé ni la surcharge d’effets numériques. Malgré quelques limites, notamment liées à une durée un peu courte et à la sous-exploitation de certains personnages secondaires, le film parvient à captiver, émouvoir, et surtout donner envie de voir la suite. Avec une Vanessa Kirby impériale, une ambiance unique et l’entrée en scène de Doctor Doom, ce premier pas est prometteur — et ouvre la voie vers un avenir où les Quatre Fantastiques pourraient devenir les nouveaux visages majeurs du MCU.

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