Cronos : la première œuvre de Guillermo del Toro pour la première fois au cinéma

Ce mercredi 26 février sort pour la première fois dans les salles françaises Cronos, la première réalisation de Guillermo del Toro. Ce long-métrage de 1993 pose déjà les bases de toute la filmographie du réalisateur mexicain. Son attrait pour les monstres lui a valu des blockbusters du cinéma américain tels que Blade 2, Hellboy, Le Labyrinthe de Pan ou encore La Forme de l’eau, pour ne citer qu’eux. Avec Cronos, Guillermo del Toro revisite le mythe du vampire dans une version restaurée en 4K. Une œuvre qui lui tient particulièrement à cœur.

Un conte vampirique unique au cœur de Mexico

Dans Cronos, Guillermo del Toro revisite le mythe du vampirisme à travers une approche singulière, mêlant horreur et mélodrame. L’histoire suit Jesús Gris, un vieil antiquaire mexicain qui découvre une mystérieuse horloge de Cronos, un artefact créé par un alchimiste du XVIe siècle et capable de conférer la vie éternelle. Mais ce don d’immortalité a un prix : la machine injecte à son porteur un venin puissant, lui redonnant vigueur et jeunesse, tout en éveillant une soif irrésistible de sang humain.

Transformé malgré lui en monstre, Jesús doit affronter un homme d’affaires impitoyable, prêt à tout pour s’emparer de l’artefact et échapper à la maladie qui le ronge. Dans sa descente aux enfers, sa seule alliée est sa petite-fille Aurora, une enfant silencieuse mais profondément attachée à lui. À travers cette relation émouvante, le film explore les liens familiaux, le sacrifice et la lutte contre sa propre nature, dans une atmosphère à la fois sombre et poétique.

Exit l’action des films de vampires classiques comme Blade ou 30 jours de nuit. Ici, le film instaure une tension permanente. À travers des travellings lents et de longs plans-séquences, on observe la transformation de Jesús aux côtés de sa petite-fille. Une tension palpable qui se fait aussi ressentir grâce à la musique orchestrée par Javier Alvarez.

C’est ce qui donne tout son charme à ce long-métrage, bien que ce soit aussi ce que certains pourraient lui reprocher. Cependant, cette approche différente du genre est captivante. On reste immergé durant toute l’heure et demie du film, tenu en haleine par la relation entre Jesús et Aurora. Comme nous, elle assiste impuissante à la dépendance croissante de son grand-père au venin et à sa transformation progressive. Cette relation, aussi émouvante qu’effrayante, interroge : comment une si petite enfant peut-elle assister à un tel drame sans sourciller, et rester auprès de cet homme qui a tout d’un monstre à la fin du film ?

Un casting restreint mais efficace

Le film repose sur très peu d’acteurs et d’actrices. Seulement quatre personnages partagent l’écran, avec quelques rôles secondaires, portant le nombre total à une dizaine.

Jesús et Aurora sont incarnés par Federico Luppi (Le Labyrinthe de Pan) et Tamara Shanath, dont c’est le seul rôle au cinéma. Federico Luppi impressionne par son jeu physique, exprimant avec brio la souffrance de son personnage en pleine transformation. Son interprétation de la soif insatiable de Jesús, ses bouffées de chaleur et son attirance progressive pour le sang – d’abord animal, puis humain – est fascinante. À ses côtés, Tamara Shanath, malgré son absence de dialogue, parvient à émouvoir. Son attachement à son grand-père transparaît dans ses gestes tendres et son regard d’enfant innocent.

federico lupi

On retrouve également Ron Perlman, qui deviendra par la suite l’acteur fétiche de Guillermo del Toro, notamment avec la saga Hellboy. Il incarne ici un méchant charismatique, ponctuant son rôle d’une touche d’humour noir.

Son oncle, l’homme d’affaires impitoyable qui convoite l’artefact, est interprété par Claudio Brook (Permis de tuer, 1989). Cet acteur, décédé en 1995 à l’âge de 68 ans, livre une performance mémorable. Il incarne avec justesse un malade incurable prêt à tout pour survivre. Avec son grain de folie et son charisme glaçant, il rappelle par moments Ian McDiarmid dans le rôle du Chancelier Palpatine dans La Revanche des Sith.

ron perlman

Le premier chef-d’œuvre de Guillermo del Toro

Cronos marque les débuts fulgurants de Guillermo del Toro au cinéma. Réalisé en 1993, alors qu’il n’a que 28 ans, ce premier long-métrage témoigne déjà de son style unique et de son amour pour l’horreur teintée de poésie. Avant de se lancer dans la réalisation, del Toro avait fondé sa propre société d’effets spéciaux, ce qui lui permet de soigner chaque détail visuel du film.

Malgré son statut d’œuvre initiatique, Cronos bénéficie d’un budget ambitieux, en faisant l’un des films mexicains les plus coûteux de son époque. Il puise ses influences dans le giallo italien (Mario Bava, Dario Argento), les films de Terence Fisher, ainsi que dans les œuvres modernes de David Cronenberg et George A. Romero, qui associent le vampirisme à l’addiction et à la transformation corporelle.

Mais loin d’être un simple hommage, Cronos impose la patte de del Toro avec un univers visuel riche, un symbolisme travaillé et une narration qui mêle horreur, émotion et humour noir.

Présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, le film ouvre à son réalisateur les portes de la reconnaissance internationale. Il reste aujourd’hui son unique œuvre tournée au Mexique, mais pose déjà les bases de son cinéma : l’attachement aux monstres, aux figures enfantines et aux contes macabres empreints d’humanité.

Un travail soigné

Guillermo del Toro ne laisse rien au hasard, que ce soit la musique, la mise en scène ou le casting. On peut aussi saluer la qualité des maquillages. Passé lui-même par ce domaine à ses débuts, il met à profit son expertise pour soigner chaque détail.

Dès l’introduction avec l’alchimiste, le travail est saisissant. Mais c’est surtout la transformation progressive de Jesús qui impressionne. Son teint blafard et livide, sa peau marquée par la putréfaction, ses cicatrices encore fraîches : les maquilleurs et maquilleuses ont accompli un travail remarquable pour le rendre de plus en plus inquiétant au fil du film.

Mention spéciale pour la scène finale, où le grand-père arrache sa propre peau pour révéler la nouvelle. Un moment à la fois saisissant et écœurant.

le maquillage de federico lupi

Une œuvre incontournable du cinéma fantastique

Cronos est une œuvre essentielle dans la filmographie de Guillermo del Toro. Découvrir ce film restauré en 4K permet d’apprécier toute l’ingéniosité du réalisateur dès ses débuts. Il s’agit également de son seul film tourné au Mexique, un fait qu’il évoque souvent avec une certaine nostalgie :

« Je ne dirais pas que je regrette, mais j’ai un petit suspiro pour les films que je n’ai pas faits. Auraient-ils été bons ou mauvais ? Ça n’a pas d’importance, je ne peux pas savoir. La vie est, pour paraphraser John Lennon, ce qui se passe quand on fait d’autres projets. Comme l’a dit François Truffaut : « Un cinéaste est-il contenu dans les premiers centimètres de pellicule de son premier film ? ». C’est curieux, je crois que c’est mon cas avec Cronos. »

À la fois sombre, poétique et profondément humain, Cronos est un film à ne pas manquer. Il offre une approche originale du mythe vampirique, bien loin des productions classiques du genre. Un incontournable pour les amateurs de cinéma fantastique et pour tous ceux qui veulent redécouvrir les débuts d’un maître du genre.

La note de la rédac
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