C’est la fin d’une aventure. Le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation judiciaire du studio français Spiders fin avril 2026, mettant un terme à près de vingt ans d’histoire dans le jeu de rôle « AA » à la française. Fondé en 2008, le studio s’était imposé comme l’un des rares acteurs hexagonaux capables de produire des RPG ambitieux sur PC et consoles, avec des titres comme GreedFall, Steelrising ou encore Bound by Flame. La sentence est sans appel : selon un message publié par le studio lui-même sur les réseaux sociaux, « l’entreprise dans son ensemble n’existe plus ».
Aucun repreneur, des 70 salariés sur le carreau
La liquidation intervient à l’issue d’une tentative de cession restée infructueuse. Malgré une période de recherche active d’investisseurs, aucun repreneur ne s’est présenté dans les délais fixés par les administrateurs judiciaires. Le résultat est brutal : les quelque 70 salariés du studio se retrouvent sans emploi du jour au lendemain, et toutes les activités cessent immédiatement. Le projet en préproduction intitulé Mist, qui n’avait pas encore été annoncé publiquement, ne verra quant à lui jamais le jour.
La chute de Nacon entraîne Spiders dans son sillage
Pour comprendre ce naufrage, il faut remonter à 2019, année où Spiders avait été racheté par l’éditeur français Nacon — anciennement Bigben Interactive. Or depuis début 2026, Nacon est lui-même engagé dans une procédure de redressement judiciaire, confronté à un refus de financement bancaire et à une incapacité à honorer ses échéances. Spiders apparaît comme la première victime directe de cette restructuration de groupe, entraîné dans une crise financière qui le dépasse largement, malgré son statut de studio reconnu au sein du catalogue Nacon.
GreedFall II survivra, mais sans Spiders
Une lueur subsiste, mais elle est amère. Le contenu additionnel prévu pour GreedFall : The Dying World, dernier projet en date du studio, devrait tout de même être finalisé et publié par Nacon — son développement étant repris par une entité encore non précisée. Une façon de conclure l’œuvre sans ses créateurs. Reste l’héritage : Spiders avait vendu plus d’un million d’exemplaires de GreedFall, avait été distingué à plusieurs reprises dans l’industrie, et sa cofondatrice Jehanne Rousseau avait été décorée de l’Ordre national du Mérite. Un palmarès qui rend la fermeture d’autant plus douloureuse pour tout un secteur.
La disparition de Spiders est un signal d’alarme supplémentaire pour le jeu vidéo indépendant et « AA » en France. Dans un contexte de crise généralisée du financement — licenciements massifs, fermetures en cascade à l’international — même les studios établis, reconnus, primés, ne sont pas à l’abri. La question de la consolidation du secteur et du soutien public à la création vidéoludique française ne s’est jamais posée avec autant d’acuité.
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